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IA en entreprise

Premier projet IA : quelles idées éliminer avant de comparer ?

La meilleure idée n’est pas toujours le meilleur point de départ. Avant de comparer la valeur des projets IA, vérifiez que chacun dispose d’un décideur capable de trancher, de données réellement accessibles et d’une situation de référence observable. Ces trois conditions sont éliminatoires : un projet qui en manque une ne rejoint pas le bas du classement, il en sort. Les projets qui passent ce filtre peuvent ensuite être comparés sans qu’une moyenne avantageuse dissimule une faiblesse décisive.

Par Raphaël Uhlrich··16 min de lecture

Deux prototypes incomplets sont écartés tandis qu’un troisième est relié à un instrument de mesure, avec le titre « Premier projet IA : quelles idées éliminer avant de comparer ? »
Sans décideur, données accessibles ni mesure de départ, une idée de projet IA n’est pas testable.

01Une idée sans décideur n’est pas prête à être testée

Une matrice valeur-faisabilité ne devrait comparer que des projets qui peuvent réellement être mis à l’essai. Une idée sans décideur, sans accès vérifié aux données nécessaires ou sans situation de départ n’est pas un projet mal classé. Elle n’est simplement pas prête. Lui attribuer malgré tout une note favorable revient à compenser un blocage concret par une promesse encore théorique.

L’objection est plus solide qu’il n’y paraît, et elle vient de la doctrine budgétaire britannique. Le Trésor déconseille explicitement l’analyse multicritère dans une décision publique : cette pratique de simple « pondération et notation » manque de base objective et peut réduire la transparence de la décision.[1] L’argument ne dit pas qu’il faut renoncer à comparer. Il dit qu’un score agrégé n’est pas une preuve, et qu’il dissimule ce qui l’a produit.

Le décideur ne peut pas être la personne qui trouve l’idée intéressante. Il doit pouvoir fixer le périmètre du test, mobiliser les personnes concernées et statuer sur son résultat. La doctrine britannique consacrée aux grands projets publics est directe sur ce point : une direction clairement responsable est un facteur critique de réussite, et aucun rôle ne l’est davantage que celui du responsable désigné.[3]

Le contexte compte autant que l’autorité. Après la fonction MAP, le cadre du NIST attend une connaissance suffisante des impacts pour éclairer une première décision de poursuivre ou non la conception, le développement ou le déploiement.[4] Une décision initiale suppose donc de connaître le travail dans lequel le système doit intervenir — ce que les standards de service publics traduisent par l’obligation de comprendre les usagers et leur problème avant de concevoir quoi que ce soit.[5]

Action immédiate — Appliquez les critères éliminatoires à trois idées réelles avant de leur attribuer le moindre score. Pour chacune, notez qui pourra trancher, quelles données seront effectivement accessibles et quelle observation actuelle permettra de comparer le résultat.

Ce premier examen vise à écarter deux erreurs de méthode. Une valeur métier séduisante ne rend pas des données accessibles. Une démonstration technique convaincante ne crée pas davantage une mesure de départ. Tant que l’une de ces conditions manque, discuter d’un classement détourne le comité de direction du problème à résoudre.

02Trois conditions éliminatoires avant tout essai

Un décideur capable de trancher. Il doit avoir l’autorité nécessaire pour délimiter le cas d’usage, mobiliser les personnes concernées et décider de la suite. Le soutien général d’une direction ne suffit pas. Lorsque plusieurs services se renvoient la décision, le projet doit attendre qu’une responsabilité claire soit attribuée.

Des données accessibles et pertinentes. Il faut identifier les sources, la personne ou le service qui les détient, les conditions d’accès et leur rapport avec la décision visée. La présence d’un historique dans un logiciel métier ne prouve rien à elle seule. Un extrait doit pouvoir être examiné avant le test.

Cette condition est celle qu’on croit le plus facilement acquise. Lorsque la Cour des comptes néerlandaise a examiné neuf algorithmes employés par l’administration, six des neuf organisations concernées ne savaient pas quels agents disposaient d’un accès aux données.[9] Si la question reste sans réponse chez des organisations auditées, elle mérite d’être posée avant d’inscrire une idée dans une grille. Lorsque des données personnelles sont en jeu, la finalité doit en outre être définie dès la définition du projet.[12] L’entreprise doit aussi déterminer sa qualification au sens du RGPD — responsable de traitement, responsable conjoint ou sous-traitant.[12]

Une situation de référence observable. L’équipe doit décrire le fonctionnement actuel avant l’intervention de l’IA : résultat obtenu, méthode d’observation, périmètre retenu et personne chargée de la mesure. Le point de comparaison peut être qualitatif ou quantitatif. Il doit surtout permettre d’examiner la même tâche avant et pendant le test.

Là encore, la doctrine publique est plus exigeante que la pratique courante. Le Green Book impose de conserver l’option « poursuite de l’existant » jusqu’à l’évaluation finale, précisément parce qu’elle sert de référence à laquelle toutes les autres sont comparées.[1] Un autre guide public britannique d’évaluation applique la même distinction entre résultat brut et effet réellement imputable à une intervention.[2]

Un pilote IA doit comparer la même tâche avant et pendant l’essai : délai de traitement, corrections nécessaires, incidents et reprises. Sans cette mesure de départ, l’équipe ne peut pas distinguer l’effet de l’IA d’une amélioration qui aurait eu lieu de toute façon.

Ce tableau transforme les trois conditions en vérifications concrètes.

ConditionQuestion à trancherPreuve minimale à réunirSi la preuve manque
DécideurQui peut engager les moyens et statuer sur le résultat ?Une personne nommée et un périmètre de décision expliciteAjourner
DonnéesQuelles informations alimenteront réellement le test ?Une source identifiée, un accès vérifié et un extrait examinableAjourner ou abandonner
Situation de référenceÀ quoi le résultat sera-t-il comparé ?Une observation reproductible et une personne chargée de la suivreAjourner

Un échec à ce filtre ne condamne pas nécessairement l’idée. L’ajournement convient lorsqu’une action précise peut lever le blocage : désigner le décideur, obtenir un extrait ou établir la mesure de départ. L’abandon se justifie lorsque personne ne veut porter le problème, que les données restent hors d’atteinte dans les contraintes acceptées ou que le bénéfice recherché ne peut pas être observé. Les guides publics de conception de services assument d’ailleurs qu’une phase de découverte puisse se conclure par la décision de ne pas poursuivre.[6]

Cette distinction évite les faux classements. Un projet ajourné ne doit pas rester discrètement dans la sélection avec une note réduite. Il sort de la comparaison jusqu’à ce que la preuve manquante soit apportée et vérifiée.

03Comparer sans masquer un blocage par une note moyenne

Les projets qui réunissent les trois conditions peuvent entrer dans la grille. Chaque dimension reçoit l’une des appréciations suivantes : « établi », « à confirmer » ou « insuffisant ». L’appréciation doit toujours être accompagnée du document, de la donnée ou de l’observation qui la justifie.

  • Appréciation

    Établi

    L’information correspond au périmètre du test et peut être vérifiée.

  • Appréciation

    À confirmer

    Une hypothèse précise qu’il est possible de vérifier.

  • Appréciation

    Insuffisant

    Une faiblesse susceptible d’invalider le projet.

Les trois appréciations. Elles ne s’additionnent pas : elles rendent les désaccords visibles.

Critère bloquant. Une appréciation « insuffisant » ne peut pas être compensée par de bons résultats sur les autres dimensions. Elle conduit à ajourner le projet ou à l’abandonner, selon la possibilité de corriger la faiblesse constatée.

La valeur métier décrit le changement attendu dans une tâche ou une décision. Elle est établie lorsque l’équipe sait qui bénéficiera du résultat, ce qui doit changer et comment ce changement sera reconnu. « Gagner en efficacité » ne suffit pas : la tâche concernée et l’effet recherché doivent être nommés. Les standards de service publics formulent la même exigence à l’envers, en demandant de partir du problème entier plutôt que d’une solution déjà choisie.[7]

La faisabilité couvre toute la chaîne du test : entrée, traitement, sortie, vérification et reprise en cas d’erreur. Une démonstration isolée n’établit pas cette chaîne. Le projet doit pouvoir fonctionner dans un périmètre limité sans supposer que tous ses prérequis sont déjà réunis.

Les données sont réexaminées après le premier filtre. Celui-ci a confirmé qu’un contenu accessible existe ; la grille vérifie maintenant son adéquation au besoin, les transformations nécessaires et les incertitudes qui subsistent. La mesure examine de la même façon si le résultat pourra être comparé à la situation de départ.

Le risque et la maîtrise portent sur les conséquences d’une sortie erronée, les contrôles disponibles et la possibilité de revenir à une décision humaine. L’usage réel complète l’examen : les personnes concernées doivent pouvoir utiliser le résultat, le contester et le corriger sans désorganiser leur travail.

Les dimensions restent séparées afin qu’aucune moyenne ne dissimule une faiblesse importante.

DimensionÉtabliÀ confirmerInsuffisant
Valeur métierChangement utile et observableBénéfice précis, encore à vérifierEffet générique ou invérifiable
FaisabilitéChaîne de test délimitéePrérequis restant à vérifierBlocage majeur non résolu
DonnéesContenu adéquat examinéQualité ou préparation à vérifierAdéquation non démontrée
MesureComparaison reproductibleMéthode d’observation incomplèteRésultat impossible à attribuer
Risque et maîtriseContrôles et reprise définisContrôle à éprouverConséquence non maîtrisée
Usage réelUtilisation et contestation prévuesModalités à préciserUtilisateur ou décision absents

La règle de choix est simple. Toute appréciation « insuffisant » fait sortir le projet de la comparaison. Parmi les autres, la priorité va à celui dont la valeur et la mesure sont établies, avec une faisabilité au moins « à confirmer ». Les dimensions restantes servent à départager les projets ; elles ne s’additionnent pas. C’est exactement ce que le refus de l’analyse multicritère cherche à protéger : la décision reste examinable ligne par ligne, au lieu de se réfugier derrière un total.[1]

Avant de conclure, il faut tester la solidité du choix sur les incertitudes réellement consignées dans les fiches. Une information établie n’est pas abaissée arbitrairement : seule une réserve documentée autorise sa variation vers « à confirmer ». Les scénarios examinent ensuite ces réserves séparément, puis par combinaisons plausibles. Si cette variation change la priorité entre deux projets encore admissibles, l’équipe doit rechercher l’information qui les départagera. Une faiblesse désormais établie comme « insuffisante » ne relève plus du test de sensibilité : elle élimine le projet.

04Un atelier utile compare des fiches préparées de la même façon

L’atelier commence avec une fiche identique pour chaque idée. Cette fiche décrit le problème, le décideur proposé, la tâche concernée, les données attendues, la situation de référence et les conséquences d’une erreur. Une rubrique vide devient ainsi un point à traiter, au lieu d’être masquée par la qualité de la présentation.

Les personnes présentes apportent une connaissance utile à la décision. Le décideur porte le choix final. La personne qui réalise la tâche décrit le fonctionnement réel. Le responsable des données confirme ce qui est accessible. La personne chargée du contrôle précise les erreurs acceptables et les possibilités de reprise. Selon la taille de l’entreprise, une même personne peut cumuler plusieurs rôles, à condition que chaque responsabilité reste explicite.

La composition du groupe n’est pas indifférente. Une étude publiée dans Science en 2010 a mesuré, sur des groupes de laboratoire, l’existence d’un facteur de performance collective associé à la sensibilité sociale des participants et à une répartition plus équilibrée de la parole, davantage qu’à l’intelligence moyenne des membres.[8] Le résultat porte sur des groupes de deux à cinq personnes en conditions expérimentales et ne démontre rien sur les comités de direction ; il justifie tout au plus de veiller à ce que la personne qui exécute la tâche parle autant que celle qui défend l’idée.

Avant l’évaluation, le comité s’accorde sur le sens donné à la valeur, au risque et au résultat attendu. Faire apparaître ces divergences avant la comparaison évite qu’elles ne ressortent sous forme de désaccord sur les notes.

  1. 01

    Préparer des fiches comparables

    La personne qui anime l’atelier applique les mêmes rubriques à chaque idée et signale les informations absentes.

  2. 02

    Vérifier les trois conditions

    Le groupe examine le décideur, les données et la situation de référence avant de discuter de la valeur.

  3. 03

    Justifier chaque appréciation

    Toute mention « établi », « à confirmer » ou « insuffisant » renvoie à un document, une donnée ou une observation vérifiable.

  4. 04

    Tester les points incertains

    Chaque appréciation contestée est abaissée d’un niveau pour vérifier si la priorité résiste.

  5. 05

    Consigner la décision

    Le décideur enregistre le projet retenu, les motifs du choix, les réserves et les conditions d’un nouvel examen.

Le compte rendu n’est pas un palmarès. Il conserve le projet choisi, les idées ajournées ou abandonnées, les raisons vérifiables et les informations qui permettraient de rouvrir une décision. Une réserve ne doit pas être reformulée après coup pour protéger le projet retenu. Si une nouvelle donnée modifie plusieurs fiches, toutes doivent être réexaminées selon la même règle.

Quand les usages réels ou les données disponibles restent trop peu connus pour préparer ces fiches, un audit IA peut établir cette base avant l’atelier ; il ne choisit pas le projet à la place du comité.

05Exemple : trois idées, un seul projet prêt à être testé

Une seule des trois idées qui suivent est prête à devenir le premier test. Les informations ont été construites pour l’exposé ; elles ne décrivent aucune entreprise, aucun client et aucun résultat observé. Le même exercice se reproduit en remplaçant ces données par trois idées réelles et leurs documents.

L’idée A consiste à préparer automatiquement des réponses aux demandes de clients. Aucun service n’est encore désigné pour trancher la réponse finale, les messages exploitables n’ont pas été examinés et aucune situation de départ n’a été définie. Les trois conditions éliminatoires manquent : l’idée est ajournée avant toute comparaison.

L’idée B vise à signaler des dossiers de commande susceptibles de dépasser un délai interne. Pour l’exercice, la fiche nomme le responsable des opérations comme décideur. L’extrait contient, pour chaque dossier, la date promise et la date réelle ; ce même extrait fournit le point de comparaison. La valeur et la mesure sont considérées comme établies. La faisabilité reste à confirmer parce qu’il faut encore vérifier que les données peuvent être extraites à temps et que l’alerte peut rejoindre le responsable avant l’échéance. Le risque et l’usage réel restent eux aussi à confirmer : les seuils d’alerte n’ont pas été testés et personne n’a observé la façon dont les équipes traiteraient les signalements.

L’idée C prépare des synthèses de réunions internes. La fiche nomme un responsable, confirme l’accès à un lot de comptes rendus relus et retient comme point de comparaison le temps consacré à la synthèse ainsi que les corrections nécessaires. Elle passe donc le premier filtre. Sa valeur et sa mesure restent à confirmer, car l’usage final des synthèses n’est pas assez précis. Le risque et l’usage réel restent eux aussi à confirmer tant que les destinataires n’ont pas essayé le dispositif.

Les données de l’exercice sont présentées intégralement pour rendre le raisonnement reproductible.

DimensionIdée B : signalement des dossiersIdée C : synthèse de réunions
Valeur métierÉtabliÀ confirmer
FaisabilitéÀ confirmerÉtabli
DonnéesÉtabliÉtabli
MesureÉtabliÀ confirmer
Risque et maîtriseÀ confirmerÀ confirmer
Usage réelÀ confirmerÀ confirmer

Dans cet exercice, une seule idée satisfait la règle de priorité. L’assistant de réponse est ajourné : aucun décideur, les messages ne sont pas examinés et la situation de départ manque. La synthèse de réunions passe le filtre initial, mais sa valeur et sa mesure ne sont pas encore établies. Le signalement des dossiers devient donc le premier test envisagé : sa valeur et sa mesure sont établies, sa faisabilité reste à confirmer et aucune dimension n’est insuffisante.

La réserve documentée sur B porte sur le délai d’extraction des données. Dans le premier scénario, ce délai augmente sans rendre l’extraction impossible : la faisabilité reste « à confirmer » et B conserve sa priorité. Le scénario combiné ajoute une adoption plus lente que prévu. L’usage réel reste lui aussi « à confirmer », sans créer de faiblesse insuffisante : la décision ne change pas. Si l’extraction se révélait impossible ou si une nouvelle preuve invalidait la valeur métier, B sortirait immédiatement de la comparaison. Ce serait un fait nouveau et éliminatoire, non une variation arbitraire destinée à éprouver le classement.

06Un projet ajourné doit sortir du classement

  • Issue 1

    Tester

    Le projet passe les trois conditions initiales, ne comporte aucune appréciation insuffisante, présente une valeur et une mesure établies et conserve sa priorité après l’examen des incertitudes. La fiche indique les preuves utilisées et les réserves acceptées.

  • Issue 2

    Ajourner

    Une lacune peut être corrigée par une action précise : nommer le décideur, examiner un extrait de données, établir la situation de départ ou éprouver un contrôle. L’ajournement ne promet aucune sélection future ; il évite de confondre une idée intéressante avec un projet prêt.

  • Issue 3

    Abandonner

    Aucun décideur n’accepte de prendre le problème en charge, les données nécessaires demeurent inaccessibles dans les contraintes retenues, ou le bénéfice recherché ne peut pas être observé. Une évolution du contexte pourra justifier un nouvel examen, sans effacer les raisons de la décision initiale.

Les trois formulations de la décision, avec ce que chacune exige et ce qu’elle ne promet pas.

Cette discipline n’a rien d’un excès de prudence. La pression à démarrer est réelle, et elle se mesure.

19,95 %

des entreprises de l’Union européenne déclaraient utiliser au moins une technologie d’intelligence artificielle en 2025.[10]

55,03 %

des grandes entreprises de l’Union, sur la même mesure et la même année.[10]

70 %

des organismes publics britanniques interrogés expérimentaient ou planifiaient un cas d’usage.[11]

Trois mesures d’usage déclaré. Aucune ne mesure un résultat.

Ces chiffres mesurent des usages et des intentions, jamais des résultats : la preuve qu’il faut démarrer sur telle idée plutôt qu’une autre ne s’y trouve pas. Le guide d’usage de l’IA publié par le gouvernement britannique le formule à sa manière, en demandant de vérifier que l’IA est le bon outil pour le problème posé avant de s’engager.[13]

Prenez maintenant trois idées réellement discutées dans l’entreprise, complétez leurs fiches avec les mêmes preuves et appliquez le test de sensibilité. Ne retenez aucun premier cas d’usage tant qu’une condition éliminatoire reste ouverte ou qu’une dégradation plausible suffit à inverser la décision.

Le choix s’arrête sur une décision argumentée : un projet retenu, des alternatives ajournées ou abandonnées et les raisons de chaque statut. Cette étape n’autorise ni l’intégration de l’outil, ni son déploiement, ni une conclusion juridique ou de cybersécurité. Le périmètre détaillé du test, son calendrier et ses règles de poursuite relèvent de l’étape suivante : la feuille de route.

Questions fréquentes

Faut-il choisir le projet IA qui promet le gain le plus élevé ?
Non, pas avant d’avoir vérifié qu’il peut être testé. Une estimation de valeur ne compense ni l’absence de décideur, ni des données inaccessibles, ni l’impossibilité de mesurer la situation de départ. Le projet le plus ambitieux peut donc sortir de la sélection avant même la comparaison. Parmi les idées qui franchissent ces conditions, la valeur attendue redevient un critère pertinent, au même titre que l’effort, le risque et le délai d’observation. Cette succession évite qu’une note élevée masque un obstacle qui rendrait l’essai inexploitable.
Le projet IA le plus simple est-il toujours le meilleur premier choix ?
Non. Un projet simple mais sans intérêt métier consomme du temps sans apprendre grand-chose. La simplicité devient utile lorsqu’elle permet de tester une hypothèse importante avec un périmètre réduit, des données accessibles et un résultat observable. À l’inverse, une idée peut sembler facile parce qu’elle produit rapidement une démonstration, tout en restant difficile à intégrer au travail réel. Le bon premier projet combine donc faisabilité et valeur d’apprentissage : il doit permettre une décision crédible sur la suite, pas seulement une présentation réussie.
Une idée doit-elle être abandonnée si les données ne sont pas prêtes ?
Pas nécessairement. Elle doit être ajournée et sortir du classement tant que l’accès, la qualité ou le droit d’usage des données ne sont pas établis. La fiche précise ce qui manque, qui peut lever le blocage et à quelle date l’idée sera réexaminée. La maintenir parmi les candidats fausse la comparaison, car ses bénéfices supposés sont notés alors que son test reste impossible. L’ajournement protège donc l’idée autant que le portefeuille : elle pourra revenir lorsque sa condition éliminatoire aura réellement disparu.
Pourquoi une grille de notes ne suffit-elle pas pour comparer les projets ?
Parce qu’une moyenne peut dissimuler un défaut décisif. Une idée très attractive sur la valeur, la visibilité ou la rapidité peut obtenir une bonne note totale malgré l’absence de responsable ou de situation de référence. Les conditions éliminatoires doivent donc être testées avant la notation et rester séparées du score. La grille compare ensuite uniquement les projets réellement testables. Elle devient alors un outil d’arbitrage plutôt qu’un moyen de faire remonter l’idée déjà préférée par celui qui a choisi les pondérations.
Que faire si aucune idée de projet IA ne passe le filtre ?
Il faut arrêter la sélection et traiter les conditions manquantes. Le résultat n’est pas un échec du processus : il montre que l’entreprise n’a pas encore de projet testable dans le portefeuille examiné. Chaque idée reçoit un motif précis, par exemple décideur absent, données inaccessibles ou mesure initiale impossible. L’équipe peut alors décider de lever un seul blocage ou de chercher un autre problème métier. Désigner malgré tout un gagnant transforme une faiblesse connue en risque certain et reporte la discussion au moment le plus coûteux.
Qui doit trancher entre les projets IA encore en lice ?
Une personne disposant de l’autorité sur le budget, le processus et les conséquences du test doit rendre la décision. Les métiers établissent la valeur et les contraintes du travail ; les fonctions techniques vérifient la faisabilité ; les fonctions de contrôle éclairent les risques. Un comité peut instruire l’arbitrage, mais la fiche finale nomme un décideur. Sans ce nom, le projet choisi risque d’accumuler des avis sans obtenir les accès, le temps des équipes ou la capacité d’arrêter l’essai lorsque ses conditions ne sont plus réunies.
Une conférence IA aide-t-elle à choisir un premier cas d’usage ?
Elle peut aider lorsque le comité compare des idées avec des définitions ou des attentes incompatibles. Une conférence BYOAI pose des repères communs sur les usages, les risques et les responsabilités ; elle permet ainsi de mieux formuler les cas à examiner. Elle ne remplace pas le filtre appliqué à chaque idée. Les données, le décideur et la situation de départ doivent ensuite être vérifiés séparément. Si ces éléments sont déjà clairs, l’entreprise gagne davantage à instruire directement ses fiches qu’à ajouter une étape générale.
Quand demander un audit pour prioriser les projets IA ?
Un audit est pertinent lorsque le portefeuille est trop large, que les usages réels sont mal connus ou que les fonctions ne s’accordent pas sur les blocages. Le périmètre présenté sur la page audit IA couvre la cartographie des usages, la priorisation par valeur, faisabilité et risque, puis les arbitrages de direction. Il ne promet ni prototype ni intégration. Le livrable attendu reste une sélection explicable : projets testables, idées ajournées, conditions à lever et motifs d’abandon, sans recommander un outil avant que le cas soit choisi.

Sources consultées

  1. HM Treasury — « The Green Book (2026) — appraisal and evaluation in central government » — 5 février 2026 — www.gov.uk/government/publications/the-green-book-appraisal-and-evalu….
  2. Ministry of Housing, Communities & Local Government — « The MHCLG Appraisal Guide » — 18 février 2026 — www.gov.uk/government/publications/the-mhclg-appraisal-guide/the-mhcl….
  3. Fiona Spencer, Infrastructure and Projects Authority — « Clarifying the role of the senior responsible owner » — 18 juillet 2019 — ipa.blog.gov.uk/2019/07/18/clarifying-the-role-of-the-senior-responsi….
  4. National Institute of Standards and Technology — « Artificial Intelligence Risk Management Framework (AI RMF 1.0) » — 26 janvier 2023 — nvlpubs.nist.gov/nistpubs/ai/NIST.AI.100-1.pdf.
  5. Government Digital Service — « Understand users and their needs » — 8 mai 2019, mise à jour le 30 mai 2022 — www.gov.uk/service-manual/service-standard/point-1-understand-user-needs.
  6. Government Digital Service — « How the discovery phase works » — 4 août 2016, mise à jour le 21 juin 2021 — www.gov.uk/service-manual/agile-delivery/how-the-discovery-phase-works.
  7. Government Digital Service — « Solve a whole problem for users » — 8 mai 2019, mise à jour le 29 janvier 2026 — www.gov.uk/service-manual/service-standard/point-2-solve-a-whole-problem.
  8. Anita Williams Woolley et al. — « Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups, Science » — 29 octobre 2010 — www.cs.cmu.edu/~ab/Salon/research/Woolley_et_al_Science_2010-2.pdf.
  9. Netherlands Court of Audit — « An Audit of 9 Algorithms used by the Dutch Government » — 18 mai 2022 — english.rekenkamer.nl/publications/reports/2022/05/18/an-audit-of-9-a….
  10. Eurostat — « Use of artificial intelligence in enterprises » — décembre 2025 — ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Use_of_art….
  11. National Audit Office — « Use of artificial intelligence in government » — 15 mars 2024 — www.nao.org.uk/reports/use-of-artificial-intelligence-in-government.
  12. CNIL — « Développement des systèmes d’IA : les recommandations de la CNIL pour respecter le RGPD » — 22 juillet 2025 — www.cnil.fr/fr/developpement-des-systemes-dia-les-recommandations-de-….
  13. Gouvernement britannique — « Artificial Intelligence Playbook for the UK Government » — 10 février 2025 — www.gov.uk/government/publications/ai-playbook-for-the-uk-government/….

Trier avant de comparer

Passer vos idées d’usage IA au filtre des trois conditions

Lors d’un premier échange, je vous aide à appliquer les critères éliminatoires à vos idées réelles : qui tranche, quelles données sont accessibles, à quoi le résultat sera comparé. Vous repartez avec la liste de ce qui est prêt et de ce qui ne l’est pas.

Cet échange porte sur le tri et l’arbitrage des idées ; il ne comprend ni la préparation des données, ni la construction du prototype, ni son intégration.

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