07 78 32 42 69 hello@farweb.fr

Gouvernance IA

Votre comité de direction n’est pas divisé sur l’IA. Il ne regarde pas la même entreprise.

Un directeur veut automatiser, un autre veut interdire, et le comité se sépare sans rien trancher. La lecture courante est celle d’un désaccord d’opinion, qu’on espère résoudre par de la pédagogie ou par une démonstration d’outils. Les données publiées depuis dix-huit mois racontent autre chose : les membres d’une même direction n’observent pas le même usage réel de l’IA dans leur propre entreprise, et l’écart entre ce que la direction croit voir et ce qui se passe est mesuré, répété, indépendant d’une étude à l’autre. Aligner un comité relève donc d’abord de la mesure. La conviction vient après.

Par Raphaël Uhlrich · Publié le 28 juillet 2026 · 30 min de lecture

Plusieurs faisceaux de lumière traversent un grand hall de pierre et touchent le sol à des endroits différents.
Le même bâtiment, la même heure : chacun n’observe pourtant pas le même endroit.

Le désalignement du comité n’est pas un défaut local. Il est la situation majoritaire.

Moins d’un tiers des dirigeants — 31 % — estiment que leur propre comité de direction maîtrise suffisamment l’IA[1]. Le chiffre vient d’une enquête menée auprès de 2 000 dirigeants dans treize pays, publiée le 21 mai 2026. Il ne dit pas que les comités de direction sont incompétents. Il dit que la majorité des dirigeants regardent leur propre table et considèrent qu’elle n’est pas en état de trancher.

Si votre comité bute sur l’IA depuis plusieurs réunions, la première information utile est celle-là : la situation est majoritaire, documentée, et elle ne signale aucun retard local. La deuxième est plus dérangeante. Ce que vous prenez pour un désaccord de fond — un directeur des opérations qui veut automatiser, un directeur financier qui veut bloquer les accès — n’est pas d’abord un affrontement de convictions. C’est un écart de perception, et cet écart se mesure.

Les mêmes enquêtes qui décrivent le désalignement décrivent aussi sa mécanique. Les dirigeants sous-estiment de 31 points la disposition de leurs équipes à collaborer avec des agents IA[1]. Ils surestiment la liberté qu’ils croient accorder[2]. Ils sont seulement un tiers à juger répandu l’usage passant par des comptes personnels, alors que ces comptes dominent les usages réels[5]. Et lorsqu’un directeur affirme que « l’IA est partout dans l’entreprise » pendant qu’un autre affirme que « rien n’a bougé », les deux peuvent s’appuyer sur des chiffres exacts, parce que les enquêtes françaises mesurent deux choses différentes sous le même mot : l’usage déclaré et l’usage régulier[7].

Tant que la table ne partage pas le même état des lieux, chacun argumente depuis sa perception, et la séance produit un compromis mou ou un ajournement. La thèse de cet article tient en une phrase : l’alignement d’un comité de direction sur l’IA est un problème de mesure avant d’être un problème de conviction. Ce qui suit établit l’écart de perception par plusieurs sources indépendantes, redresse ce que le droit exige réellement au 27 juillet 2026, et nomme les décisions que le comité doit prendre.

Avant de chercher la cause, il faut retirer au sujet sa charge de honte. Le dossier de l’IA s’ouvre souvent, en comité, avec le sentiment d’être en retard sur un peloton qui aurait démarré sans vous. Les données publiées en 2026 ne confirment pas ce peloton.

Seul un utilisateur professionnel d’IA sur quatre — 26 % — déclare que sa direction est clairement et constamment alignée sur l’IA[2]. L’enquête porte sur 20 000 actifs du savoir utilisant déjà l’IA au travail, dans dix marchés dont la France, avec un terrain réalisé entre le 18 février et le 7 avril 2026. Autrement dit, trois utilisateurs d’IA au travail sur quatre ne perçoivent pas, dans leur propre entreprise, de position dirigeante stable sur le sujet. Le constat dépasse la communication interne : il signale que le sommet n’émet pas de cap lisible.

Le phénomène traverse aussi les très grandes organisations. Dans une enquête menée auprès de 625 dirigeants et administrateurs — 351 directeurs généraux et 274 administrateurs — d’entreprises réalisant plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires, 61 % des directeurs généraux estiment que leur conseil précipite la transformation IA, et près de 40 % jugent que ce conseil n’a pas une vision informée de la manière dont l’IA remodèle la stratégie de croissance — alors que 75 % des administrateurs estiment leur connaissance de l’IA égale ou supérieure à celle de leurs pairs[3]. Le périmètre de l’étude impose une réserve : ces entreprises n’ont ni la taille ni les moyens d’une PME française. Mais le mécanisme observé est instructif. Ceux qui décident se croient informés ; ceux qui exécutent estiment qu’ils ne le sont pas. La taille de l’entreprise ne protège de rien.

Le contexte français ajoute une donnée qui devrait rassurer un dirigeant de PME sur son propre calendrier. En 2025, 58 % des entreprises françaises de 250 salariés ou plus utilisaient l’IA, contre 31 % des entreprises moyennes et 15 % des petites entreprises[11]. L’INSEE mesure le même fossé sur les entreprises de dix salariés et plus : 18 % d’utilisation en 2025 contre 10 % en 2024, avec 15 % pour les entreprises de 10 à 49 salariés et 58 % pour celles de 250 salariés et plus, soit 43 points d’écart entre les deux extrémités[10]. Un comité de direction de PME qui se compare à ce qu’il lit dans la presse économique se compare à une population d’entreprises qui n’est pas la sienne.

Adoption de l’IA par taille d’entreprise, en France

Source : INSEE. 43 points d’écart entre les deux extrémités du classement.

Taille de l’entreprisePart qui utilise l’IA
10 à 49 salariés15 %
50 à 249 salariés31 %
250 salariés ou plus58 %
Entre la petite entreprise et le grand groupe, 43 points d’écart d’adoption.

La Cour des comptes est allée plus loin dans son rapport thématique de novembre 2025 sur la stratégie nationale pour l’intelligence artificielle : le soutien à la demande des entreprises en solutions d’IA n’a bénéficié, écrit-elle, que de dispositifs très modestes, avec 35 % des crédits consommés au 30 juin 2025 et une programmation 2023-2025 inférieure d’un tiers à ce qui avait été annoncé[27]. L’institution de contrôle de l’État constate elle-même que la massification n’a pas eu lieu. Le retard, s’il existe, est collectif.

Ce cadrage a une conséquence pratique immédiate. Un comité de direction qui ouvre la séance en supposant qu’il est en retard s’interdit d’analyser. Il cherche à rattraper, donc il achète des outils, donc il déplace le débat sur le terrain de l’équipement, qui est précisément le terrain où le désaccord ne se règle pas.

Le comité n’arbitre pas seulement sans être d’accord. Il arbitre sur une représentation fausse de son propre terrain.

Voici le point de bascule de tout le raisonnement. L’écart entre ce que la direction croit observer et ce que vivent les équipes a été mesuré sur quatre questions différentes, par trois enquêtes indépendantes publiées en 2026. À chaque fois, l’écart va dans le même sens.

Premier écart, sur l’aisance. 70 % des collaborateurs se déclarent prêts à collaborer avec des agents IA, alors que seuls 39 % des dirigeants pensent que leurs équipes seraient à l’aise pour le faire — 31 points d’écart[1]. Le comité qui débat de « l’acceptabilité » de l’IA par les équipes débat d’un problème qui, à ce niveau d’intensité, n’existe pas dans les réponses des équipes elles-mêmes.

Deuxième écart, sur le climat interne. 81 % des dirigeants se sentent en sécurité pour proposer de nouvelles façons de travailler avec l’IA, contre 67 % des salariés — 14 points d’écart[2]. Sur la reconnaissance accordée à ceux qui tentent, les deux populations ne décrivent plus la même entreprise : 21 % des dirigeants pensent que l’effort est reconnu, contre 10 % des salariés[2]. Le comité évalue donc la liberté qu’il accorde depuis la position où cette liberté est la plus grande.

Troisième écart, sur le calendrier. 45 % des dirigeants attendent des agents IA dans leurs équipes d’ici un an, contre 30 % des collaborateurs[1]. Un comité qui arbitre un plan à douze mois sans caler ce calendrier engage des décisions que l’organisation n’exécutera pas au rythme prévu : l’écart de quinze points porte précisément sur l’horizon où les moyens sont engagés.

Quatrième écart, le plus opérationnel : la visibilité sur les usages réels. Parmi les salariés français qui utilisent l’IA au travail, 42 % y accèdent surtout via un compte personnel et 21 % autant par un compte personnel que professionnel ; seuls 29 % passent surtout par un compte fourni par l’employeur[5]. Or, dans le même rapport, 35 % des cadres dirigeants français ont conscience que des salariés utilisent leurs comptes personnels, 29 % ont constaté l’usage d’outils non approuvés, et seul un tiers des dirigeants pense que le phénomène est répandu[5]. Les deux mesures viennent de la même enquête, réalisée auprès de 2 041 actifs français et de 283 cadres dirigeants français, avec des terrains de novembre et décembre 2025. La majorité des usages professionnels de l’IA transite au moins en partie par des comptes que l’entreprise ne contrôle pas, et la direction, dans sa majorité, ne le sait pas.

Ce que la direction estime, ce que les équipes déclarent

Quatre questions distinctes, posées aux deux populations dans la même enquête.

Question poséeDirectionÉquipes
Aisance déclarée avec l’outil39 %70 %
Sécurité à proposer un usage81 %67 %
Reconnaissance perçue de l’usage21 %10 %
Agents attendus d’ici un an45 %30 %
Sur quatre questions distinctes, l’écart va toujours dans le même sens.

La conséquence est directe et elle disqualifie la manière dont la plupart des séances de direction sont conçues. Un comité qui débat de l’IA sans état des lieux de ses propres usages ne débat pas de son entreprise. Il débat de quatre représentations distinctes de son entreprise, dont aucune n’a été vérifiée.

Vos deux directeurs qui s’opposent citent chacun un chiffre exact

Le désaccord le plus fréquent en comité oppose celui qui affirme que l’IA est déjà partout et celui qui affirme que rien n’a réellement changé. La lecture habituelle en fait une opposition entre un enthousiaste et un prudent. Les statistiques françaises suggèrent une autre explication, plus utile parce qu’elle désigne une cause sur laquelle le comité peut agir : les deux ont raison, et ils citent deux mesures différentes.

Bpifrance Le Lab — usage déclaré[7]

Échantillon
TPE-PME françaises, enquête de conjoncture de janvier 2026
Période
Fin 2025, comparée à fin 2024
Résultat
55 % utilisent l’IA générative, contre 31 % fin 2024
Ce qu’il mesure
L’existence d’un usage.

Bpifrance Le Lab — usage régulier[7]

Échantillon
Même enquête, même échantillon
Période
Fin 2025
Résultat
17 % l’utilisent régulièrement, en hausse de 11 points
Ce qu’il mesure
Son installation dans le travail quotidien.

Le premier chiffre mesure l’existence d’un usage ; le second mesure son installation dans le travail quotidien. Le directeur qui « voit l’IA partout » décrit le premier. Celui qui « ne voit rien arriver » décrit le second. Ils ne se contredisent pas : ils occupent deux points différents de la même courbe.

Le même effet se produit avec les chiffres d’adoption au niveau de l’entreprise. Le baromètre France Num 2025, réalisé par le Crédoc pour la Direction générale des Entreprises auprès de 11 021 entreprises répondantes — 3 043 PME et 7 978 TPE, interrogées du 26 mars au 18 avril 2025 —, établit que 26 % des TPE-PME utilisent des solutions d’IA, soit un doublement en un an après 13 % en 2024 et 5 % en 2023. L’usage varie de 56 % dans les NTIC à 9 % dans l’agriculture[9]. Un directeur qui compare son entreprise à un secteur numérique et un directeur qui la compare à une moyenne nationale n’arrivent pas au même diagnostic, sans que l’un des deux ait tort.

Le désaccord se lit également entre fonctions, et il est mesuré. Dans une enquête menée auprès de 950 dirigeants de haut niveau répartis sur dix secteurs, 39 % des DSI et directeurs techniques estiment leurs équipes pleinement prêtes à adopter l’IA, contre 10 % des directeurs financiers et 7 % des directeurs des opérations ; 44 % des DSI et directeurs techniques jugent que l’IA accélère l’innovation, contre 22 % des directeurs financiers[12]. L’enquête a été réalisée aux États-Unis auprès de grandes structures : elle ne se transpose pas telle quelle à une PME française, et je la cite pour ce qu’elle documente, le sens du désaccord entre fonctions, non pour ses niveaux. Ce que le dirigeant peut en retenir tient en une phrase utilisable en séance : l’opposition entre la direction technique et les directions financière et opérationnelle n’est pas propre à votre maison, elle suit la position de chacun dans l’organisation.

Il faut ici prendre une précaution que la plupart des contenus disponibles sur ce sujet ne prennent pas. Les quatre profils de dirigeants publiés par Bpifrance Le Lab — 27 % de sceptiques, 26 % de bloqués, 28 % d’expérimentateurs et 19 % d’innovateurs — proviennent d’une enquête menée auprès de 1 209 dirigeants de PME et ETI de plus de dix salariés, complétée par plus de quarante entretiens qualitatifs[6]. Ces quatre profils décrivent une répartition entre entreprises différentes. On lit fréquemment qu’ils seraient les quatre personnages assis autour de votre table. C’est une transposition abusive : une distribution mesurée entre organisations ne se transporte pas à l’intérieur d’une équipe de direction. Ce que l’enquête établit, et qui suffit, c’est que les quatre postures existent en proportions comparables dans le tissu français, donc qu’aucune n’est marginale, donc qu’aucune ne peut être écartée d’un revers de main en séance au motif qu’elle serait minoritaire.

La même enquête livre le chiffre qui devrait ouvrir toute réunion de direction sur le sujet : 58 % des dirigeants de PME et ETI françaises considèrent l’IA comme un enjeu de survie à trois-cinq ans, mais seuls 43 % ont défini une stratégie IA et 32 % l’utilisent réellement[6]. Une précaution de lecture s’impose là encore : l’étude a été publiée en juin 2025 mais son terrain a été réalisé du 15 octobre au 16 décembre 2024, et les taux d’usage qu’elle donne sont datés au regard de la progression observée depuis. La structure du constat, elle, tient : la conviction dépasse la formalisation.

« Faut-il interdire ChatGPT ? » — la question a déjà été tranchée, hors du comité

C’est la question qui revient le plus souvent quand j’échange avec des dirigeants sur ce sujet. Elle mérite une réponse franche, et cette réponse n’est pas une opinion sur la valeur de l’IA.

Le directeur qui veut interdire ne défend pas une option ouverte. Il défend un statu quo qui n’existe déjà plus dans son entreprise. Trois mesures françaises convergentes l’établissent. D’abord, 42 % des salariés français qui utilisent déjà l’IA au travail y accèdent surtout via un compte personnel, contre 29 % via un compte fourni par l’entreprise[5]. Ensuite, seuls 14 % des salariés français déclarent que leur entreprise a mis en place une politique interne encadrant l’usage de l’IA ; 60 % affirment qu’il n’y en a pas, et 25 % ne savent pas[5]. Enfin, le détail par taille montre que la taille ne règle rien : 10 % dans les micro-entreprises, 14 % dans les PME, 28 % dans les entreprises de 250 salariés et plus[5]. L’argument selon lequel « les grands groupes ont réglé ça » ne résiste pas aux chiffres.

Ce que le comité croit arbitrer — l’entrée de l’IA dans l’entreprise — a donc déjà eu lieu. Ce qu’il arbitre en réalité, c’est la régularisation d’un usage installé. La différence n’a rien de sémantique : elle change l’ordre des décisions, parce qu’on ne régularise pas comme on autorise.

Le sujet est développé pour lui-même dans mon article sur les risques et solutions du shadow AI.

La position « tout interdire » recule par ailleurs dans les faits. Une étude annuelle menée auprès de 807 professionnels du numérique montre que la part de ceux dont l’employeur décourage l’usage de l’IA est passée de 10,3 % en 2024 à 8,4 % en 2026, tandis qu’environ 36 % travaillent dans une organisation qui l’a pleinement intégrée ou rendue obligatoire — la direction générale étant la fonction où cette intégration est la plus forte, à 60,6 %[29]. L’échantillon est composé de professionnels du numérique et ne représente donc pas l’ensemble des entreprises françaises : il faut le lire comme une tendance dans un milieu en avance. Mais la tendance est nette, et elle a une vertu en séance : elle permet de répondre au directeur qui veut interdire par une donnée plutôt que par un argument d’autorité.

Reste que le prudent a raison sur le fond du risque. Il se trompe d’instrument. Interdire un usage qui passe par des comptes personnels revient à supprimer la visibilité sans supprimer l’usage. La réponse proportionnée relève de la règle écrite et du périmètre autorisé, terrain que je traite dans l’article consacré à la gouvernance de l’IA en PME.

L’état du droit vient de changer : ce qu’un comité doit en retenir

Vient ensuite, presque toujours, la question du risque : « Est-ce que je risque quelque chose ? » C’est aussi celle sur laquelle un comité est le plus exposé à la désinformation, parce que le cadre a bougé le 27 juillet 2026.

Le règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026, dit « omnibus numérique sur l’IA », a été publié au Journal officiel de l’Union européenne le 24 juillet 2026 et est entré en vigueur le 27 juillet 2026[17]. Tout ce que votre comité a lu sur l’AI Act avant cette date doit être revérifié avant d’être utilisé comme base de décision. C’est une raison suffisante, à elle seule, pour ne pas laisser chaque membre du comité arriver en séance avec sa propre synthèse.

Deux faits suffisent à une séance de direction. L’article 4, qui porte sur la maîtrise de l’IA, n’a pas été supprimé : il a été réécrit en obligation de moyens — prendre des mesures pour soutenir le développement de la maîtrise de l’IA du personnel et des personnes agissant pour le compte de l’entreprise[17]. Il ne s’agit donc pas de certifier la compétence individuelle de chaque collaborateur, mais de démontrer qu’un dispositif existe. Et la date du 2 août 2026 reste celle de l’applicabilité de l’article 50, qui porte sur la transparence[16]. Ses obligations ne visent pas le même acteur selon le cas : le fournisseur doit concevoir son système de manière que la personne sache qu’elle s’adresse à une machine, et marquer les contenus que ce système génère ; le déployeur, lui, doit signaler les hypertrucages qu’il diffuse ainsi que les textes qu’il publie pour informer le public sur des questions d’intérêt public[16]. Une entreprise qui utilise sans développer relève de cette seconde série : visuels, voix ou vidéos générés qu’elle diffuse, contenus publiés. Pour un assistant conversationnel acquis sur étagère, l’information de l’internaute incombe d’abord à son fournisseur, ce qui ne dispense pas de vérifier qu’elle est bien délivrée sur le site. C’est la seule échéance de cet été qui touche directement une PME utilisatrice.

L’article 4 vise les fournisseurs et les déployeurs.

Déployeur — toute personne physique ou morale utilisant un système d’IA sous sa propre autorité dans le cadre d’une activité professionnelle. Définition de l’article 3, point 4, du règlement[16].

Une PME qui ne développe aucune IA mais fait utiliser un assistant conversationnel à ses équipes est déployeur. Aucun seuil d’effectif, aucun seuil de chiffre d’affaires n’exonère : utiliser suffit.

Ce que le comité doit trancher à cause de cette date tient en deux points. Qui porte la règle de divulgation des contenus générés, et à partir de quand elle s’applique en interne : l’échéance est dans quelques jours. Et où est écrit le dispositif de sensibilisation, puisque l’obligation est de moyens et qu’une organisation peut simplement tenir un registre interne — qui a été sensibilisé, à quoi, quand, et quelles consignes d’usage ont été diffusées[18]. La même source précise qu’aucun certificat n’est exigé, et que la supervision par les autorités nationales de surveillance du marché démarre début août 2026[18].

Pour le détail des échéances et des preuves à conserver, l’article sur le calendrier AI Act 2026-2028 et les preuves à préparer reste le point d’entrée.

Ce que le comité doit réellement trancher

Un comité de direction n’a pas besoin de comprendre l’IA. Il a besoin de savoir quelles décisions lui reviennent, lesquelles peuvent être déléguées, et lesquelles ne peuvent pas attendre. La question utile en séance n’est donc pas de savoir comment sensibiliser, mais quels arbitrages reviennent à cette table et dans quel ordre les prendre.

Sept décisions relèvent du comité et de lui seul, parce qu’elles engagent la responsabilité de l’entreprise, sa relation avec ses clients ou son organisation du travail.

Le périmètre autorisé vient en premier : quels usages sont ouverts, quels usages sont fermés, quelles données ne sortent jamais. Ensuite le statut des comptes, qui découle directement du constat des 42 % de comptes personnels[5]. Puis la règle de divulgation des contenus générés, en application de l’article 50 applicable au 2 août 2026[16] ; la Commission a publié le projet de lignes directrices sur les obligations de transparence le 8 mai 2026 et le code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA le 10 juin 2026[20], ce qui dispense le comité d’inventer sa doctrine : il lui reste à décider s’il s’aligne, et qui en porte la responsabilité. Vient ensuite le dispositif de sensibilisation et sa trace écrite, au titre de l’article 4 réécrit[17]. Puis la revue des cas interdits, notamment l’inférence émotionnelle sur le lieu de travail[16][19]. Puis l’exposition produit, si l’entreprise intègre de l’IA dans ce qu’elle livre[21]. Enfin la mesure elle-même, c’est-à-dire la décision de ne plus jamais rouvrir ce débat sans état des lieux actualisé.

Le Cigref a publié le 13 mai 2025 la partie de son guide de mise en œuvre de l’AI Act consacrée à la gouvernance. Elle identifie cinq prérequis — engagement explicite de la direction, stratégie IA formalisée, gouvernance des données solide, cartographie exhaustive des systèmes, et comité IA transverse réunissant juridique, informatique, données, conformité et cybersécurité[28]. Le document a l’avantage d’être public, écrit et directement transposable en ordre du jour. Il appelle une réserve d’usage : le Cigref regroupe de très grandes organisations, et un comité à cinq fonctions distinctes suppose cinq directions. Dans une PME, ces cinq rôles se répartissent souvent entre deux ou trois personnes, ce qui ne dispense pas de nommer explicitement qui porte quoi.

Ces sept décisions ont chacune leurs options et leurs conséquences propres. Les nommer à l’ordre du jour est déjà l’essentiel du travail : une décision qui n’a pas de ligne ne se prend pas.

La conviction est acquise. C’est l’exécution collective qui manque.

Un contenu qui cherche encore à convaincre un dirigeant du potentiel de l’IA arrive plusieurs années trop tard. 70 % des cadres dirigeants français estiment que l’IA a déjà amélioré la productivité de leur entreprise et 53 % y voient leur principal levier de développement pour les années à venir[5]. 91 % des dirigeants français estiment que la gouvernance de l’IA doit être traitée au niveau du conseil, contre 83 % à l’international, et 66 % font de l’IA et du numérique leur première priorité d’investissement 2026, contre 44 % à l’international — sur un volet France de 50 dirigeants interrogés en janvier 2026, échantillon restreint qu’il faut lire comme un signal de priorité, non comme une mesure fine[14]. La France ne souffre pas d’un déficit de conviction au sommet.

Ce qui manque se lit dans l’écart entre cette conviction et ce qui est effectivement décidé : 58 % de dirigeants qui jugent l’IA vitale à trois-cinq ans, 43 % qui ont défini une stratégie[6], 14 % de salariés qui constatent une politique interne[5]. Le sujet est traité au bon niveau hiérarchique et n’aboutit pas à une règle.

Le doute, d’ailleurs, ne se loge pas seulement à la base : seul un dirigeant sur cinq — 22 % — se déclare confiant dans la capacité de son entreprise à développer les compétences nécessaires[1]. Une séance de direction qui commence par une démonstration d’outils passe donc à côté de la question que le dirigeant se pose vraiment, qui porte sur les compétences et sur la manière de les construire.

Une donnée éclaire la valeur de cette clarté décisionnelle. Une enquête menée auprès de 11 749 salariés dans quatorze marchés associe une stratégie IA claire à un impact business mesurable supérieur de 25 points de pourcentage, là où de meilleurs outils seuls n’y sont associés qu’à hauteur de 5 points. La même publication relève par ailleurs, sur ses salariés de terrain, une adoption régulière de 74 %, en hausse de plus de 20 points sur deux ans[4]. L’écart entre les deux associations est d’un facteur cinq. Il ne dit pas qu’une stratégie claire produit mécaniquement l’impact : il dit que les entreprises qui en ont une obtiennent nettement plus que celles qui ont misé sur les outils. Pour un comité qui hésite entre commander une étude d’outils et bloquer une demi-journée pour trancher, c’est l’argument le plus direct qui existe. Le lien entre décision de cadrage et retour économique est développé dans mon article sur le budget et le ROI d’un projet IA.

Le directeur qui veut tout automatiser mérite ici une réponse qui ne le disqualifie pas. Gartner prévoit que plus de 40 % des projets d’IA agentique seront abandonnés d’ici fin 2027, en raison de coûts croissants, d’une valeur métier mal définie ou de contrôles de risque insuffisants[15]. Il s’agit d’une prévision, publiée le 25 juin 2025, non d’un constat mesuré, et elle doit toujours être présentée comme telle. Ce qu’elle dit n’est pas que l’automatisation échoue : elle dit que le projet lancé sans valeur métier définie ni contrôle échoue. C’est un argument en faveur du cadrage, donc en faveur de la position de l’enthousiaste, à condition qu’il accepte de définir la valeur avant de choisir l’outil.

Par où commencer : mesurer avant de débattre

La séquence qui découle de tout ce qui précède est courte. Établir l’état des lieux, poser le cadre juridique à jour, trancher les décisions, puis seulement organiser la montée en compétence. La plupart des comités font l’inverse : ils commencent par la démonstration d’outils, qui est l’étape la plus spectaculaire et la moins décisive.

L’état des lieux préalable n’a rien d’un audit lourd. Il consiste à répondre à quelques questions vérifiables : quels outils sont réellement utilisés, par quelles fonctions, via quels comptes, sur quelles données, avec quelle fréquence, et quelles règles écrites existent déjà. Une bonne partie des écarts documentés plus haut se referme mécaniquement dès que ces réponses sont posées sur la table, parce qu’ils procédaient d’une estimation et non d’un désaccord.

L’échelle de référence du marché mérite d’être connue, parce qu’elle protège le dirigeant contre les promesses excessives. Les formats publics d’accompagnement sont calibrés en jours : le Diagnostic Data IA est une prestation de huit jours-hommes destinée aux PME et ETI de 10 à 2 000 salariés, et l’Accélérateur IA se déroule sur dix-huit mois et totalise trente-huit jours d’accompagnement, dont un diagnostic 360° avec focus IA de douze jours et deux modules complémentaires de treize jours chacun[26]. Ces durées ne valent que pour les dispositifs qu’elles décrivent, mais elles donnent une échelle : un diagnostic soutenu sur fonds publics se compte en jours de travail, pas en heures de réunion. Une séance de direction, quelle qu’en soit la durée, ne peut donc pas être vendue comme un diagnostic, et je préfère l’écrire ici plutôt que de le laisser croire. Elle ne le remplace pas ; elle décide s’il faut en lancer un, et sur quel périmètre.

Le plan national « Osez l’IA », lancé en juillet 2025, segmente d’ailleurs explicitement le marché en trois étages : sensibiliser, former, accompagner, avec un objectif de 80 % des PME et ETI équipées en IA à l’horizon 2030[25]. Nommer l’étage que l’on achète évite la plus grande partie des malentendus. Une intervention de sensibilisation ne produit pas ce que produit un accompagnement, et l’inverse est vrai.

Reste la manière de restituer le résultat. Un état des lieux présenté comme un relevé d’écarts entre estimations et usages fait avancer la séance ; présenté comme un contrôle des personnes, il fausse les réponses de la mesure suivante.

Ce qu’un comité obtient d’une séance, et ce qu’il doit chercher ailleurs

Une intervention devant un comité de direction fait trois choses, et elle vaut par là : elle met le même état des lieux sous les yeux de tous les membres, elle redresse ce que le droit exige réellement à la date du jour, et elle pose la liste des décisions à prendre. Elle ne produit ni audit, ni feuille de route livrée, ni formation certifiante. Les décisions appartiennent au comité ; elles se prennent en séance ou après, et personne d’extérieur ne peut les prendre à sa place. C’est exactement le cadre annoncé sur la page conférence BYOAI : ni livrable, ni audit, ni formation.

Ce dernier mot n’est pas un détail de vocabulaire, et la confusion coûte du temps aux dirigeants. Le code du travail définit l’action de formation comme un parcours pédagogique permettant d’atteindre un objectif professionnel (article L6313-2). Le prestataire doit porter à la connaissance du bénéficiaire, avant son inscription, les objectifs, le contenu, la liste des formateurs, les horaires et les modalités d’évaluation (article L6353-8), et satisfaire aux critères du référentiel national qualité pour être certifié Qualiopi (article L6316-1), certification obligatoire depuis le 1er janvier 2022 pour accéder aux financements publics ou mutualisés[23]. Un organisme de formation doit par ailleurs déclarer son activité auprès de la DREETS dans les trois mois qui suivent sa première convention[24]. Une intervention conçue comme un exposé suivi d’un arbitrage ne constitue pas un parcours pédagogique au sens de ce texte, quel que soit le vocabulaire employé sur la page de vente, et n’ouvre donc pas l’accès aux fonds mutualisés. Un dirigeant qui cherche un parcours financé doit acheter un parcours certifié ; un dirigeant qui cherche un arbitrage achète autre chose, et il vaut mieux qu’il le sache en entrant.

Le comité doit surtout savoir ce qu’il ne trouvera pas dans une séance : l’état des lieux de ses propres usages, qui se produit avant et se mesure ; et le portage de la mise en œuvre, qui se joue les semaines suivantes. Une séance met le désaccord en état d’être tranché ; elle ne produit pas l’exécution qui doit suivre.

Le reste — ce que le marché vend sous le nom d’atelier IA, la frontière juridique exacte entre conférence, action de formation et mission de conseil, la façon de juger la séance trois semaines après — relève du choix d’un prestataire, pas de la décision du comité.

Le vrai risque n’est pas de ne pas comprendre. C’est de ne pas donner suite.

La donnée la plus sévère de tout ce dossier vient de l’opérateur public lui-même. Bpifrance a publié le 10 février 2026 le bilan de ses dispositifs : via IA Booster France 2030, plus de 15 000 entreprises ont été formées ou sensibilisées entre 2023 et 2025 ; sur la même période, l’opérateur a réalisé 460 diagnostics Data IA et 205 missions de conseil stratégique. Ce sont trois dispositifs distincts, et Bpifrance ne les présente pas comme les étapes d’un même parcours — rien n’établit que les 460 diagnostics soient sortis des 15 000 sensibilisations[8]. L’ordre de grandeur reste parlant : la sensibilisation touche des dizaines de milliers d’entreprises, l’accompagnement engagé se compte en centaines.

Trois dispositifs publics, 2023-2025

Volumes cumulés publiés séparément par Bpifrance. Aucune cohorte commune, aucun taux de passage : ce ne sont pas trois étapes d’un même parcours.

DispositifVolume sur la période
Entreprises formées ou sensibiliséesplus de 15 000
Diagnostics Data IA réalisés460
Missions de conseil stratégique205
Trois dispositifs, trois ordres de grandeur : des dizaines de milliers d’un côté, des centaines de l’autre.

Ce constat devrait modifier la façon dont un comité de direction conçoit son investissement sur le sujet. La séance ne constitue pas le résultat : elle en est le point de départ. Ce qui détermine l’effet réel, c’est ce qui est écrit à la sortie, qui le porte, et à quelle date la décision est revue. Une décision de direction sans porteur nommé et sans échéance de revue rejoint la même statistique.

L’acculturation elle-même n’est pas un préalable abstrait : c’est la variable qui déplace l’usage. Seuls 21 % des salariés français déclarent avoir déjà reçu une formation professionnelle à l’IA — 30 % dans les ETI et grandes entreprises, 16 % dans les micro-entreprises — alors que 68 % des salariés formés utilisent l’IA au moins une fois par semaine, contre 26 % des non formés, et que 62 % demandent des formations centrées sur des cas d’usage concrets[5]. Autrement dit, l’écart d’usage se joue entre salariés formés et non formés bien plus qu’entre entreprises équipées et non équipées. Le point de départ est plus bas qu’on ne l’imagine : 44 % des actifs français n’utilisent l’IA ni dans leur travail ni dans leur vie personnelle, ou très rarement, et seuls 37 % l’utilisent dans les deux cadres au moins une fois par mois, avec un écart générationnel de 28 points entre les moins de 35 ans et les 55 ans et plus[5]. Toute séance qui suppose une expérience commune de l’outil se trompe sur son auditoire.

Chez les décideurs français les plus engagés, la gouvernance existe déjà : 60 % des organisations interrogées ont déployé un dispositif de pilotage transverse et 86 % ont validé une charte d’usage responsable de l’IA, le plus souvent portée par le comité exécutif[13]. La base est constituée de 356 répondants français, dont 62 % de directeurs ou de membres de comité exécutif, travaillant très majoritairement en grands groupes et en ETI, et ces taux ne sont opposables ni à une PME ni à la moyenne nationale. Ils indiquent une direction : dans les organisations qui ont avancé, le pilotage est nommé et la règle est écrite.

Ce qui sépare une décision de comité d’une exécution réelle tient à quatre mentions portées au compte rendu : un porteur nommé, une échéance, un indicateur observable et une date de revue. Aucune des quatre ne demande de compétence technique, et c’est leur absence, plus que l’ignorance de l’IA, qui laisse une séance sans suite.

Ce que cela change pour votre prochaine réunion

Trois gestes, à porter à l’ordre du jour de la prochaine séance.

  1. 01

    Ne rouvrez pas le débat sans état des lieux.

    Tant que la table discute d’estimations, l’écart de perception documenté par trois enquêtes indépendantes en 2026 rejouera à chaque séance, et le comité produira de l’ajournement.

  2. 02

    Séparez ce qui est en vigueur de ce qui est reporté.

    Le règlement entré en vigueur le 27 juillet 2026 a assoupli l’obligation de maîtrise de l’IA et repoussé le haut risque de seize mois, sans reporter l’échéance de transparence du 2 août 2026 ni les interdictions déjà applicables. Un comité qui mélange ce qui est assoupli, ce qui est reporté et ce qui reste en vigueur arbitre dans le vide.

  3. 03

    Nommez les décisions plutôt que le thème.

    « Faire un point IA » n’est pas un ordre du jour. « Trancher le périmètre autorisé, le statut des comptes et la règle de divulgation » en est un.

Le désaccord de votre comité ne relève pas d’un problème de personnes. Il est le produit prévisible d’une direction qui décide sur quatre représentations non vérifiées de la même entreprise. Rétablir l’état des lieux commun ne fait pas disparaître l’arbitrage : cela le sépare de ce qui n’était qu’un écart de perception.

Ce qui reste après ce tri est un vrai arbitrage — et c’est celui-là qui mérite votre temps.

Mettre le même état des lieux sous les yeux de votre comité

Une intervention devant votre comité de direction met le même état des lieux sous les yeux de tous ses membres, redresse ce que le droit exige à la date du jour et pose la liste des décisions à trancher : ni audit, ni feuille de route livrée, ni formation.

Questions fréquentes

Le comité de direction doit-il être formé à l’IA avant de décider ?
Non, pas dans cet ordre. Ce qui bloque une décision de direction n’est pas le déficit de connaissance technique mais l’absence d’état des lieux partagé : 70 % des collaborateurs se déclarent prêts à collaborer avec des agents IA quand seuls 39 % des dirigeants pensent que leurs équipes seraient à l’aise pour le faire[1]. Le comité a besoin de savoir ce qui se passe réellement chez lui et quelles décisions lui reviennent. La montée en compétence individuelle vient ensuite, et elle ne concerne pas les mêmes personnes.
L’AI Act oblige-t-il à former les salariés à l’IA ?
Pas dans ces termes depuis le 27 juillet 2026. Le règlement (UE) 2026/1744 a réécrit l’article 4 en obligation de moyens : prendre des mesures pour soutenir le développement de la maîtrise de l’IA du personnel et des personnes agissant pour le compte de l’entreprise[17]. Aucun certificat n’est exigé, la Commission indiquant qu’une organisation peut simplement tenir un registre interne des sensibilisations et des consignes diffusées[18]. L’obligation s’applique depuis le 2 février 2025 ; la supervision par les autorités nationales démarre début août 2026[18].
Une PME risque-t-elle 15 millions d’euros si elle ne forme pas ses équipes ?
Non, et c’est une erreur qui circule beaucoup. L’article 99, paragraphe 4, énumère limitativement les articles sanctionnés par le plafond de 15 000 000 EUR ou 3 % : 16, 22, 23, 24, 26, 31, 33, 34 et 50. L’article 4 n’y figure pas[16]. En revanche l’article 50, sur la transparence, y figure : c’est donc la transparence, et non la formation, qui porte une amende dédiée. Et pour une PME, start-up incluses, l’article 99, paragraphe 6, retient le plus bas des deux plafonds[16].
L’AI Act engage-t-il la responsabilité personnelle du dirigeant ?
Non. Aucune disposition du règlement ne vise la personne du dirigeant : le paragraphe 1 de l’article 99 renvoie aux États membres pour le régime de sanctions, et les amendes visent l’opérateur ou l’entreprise[16]. La responsabilité personnelle, quand elle existe, relève du droit national et de mécanismes qui ne sont pas propres à l’IA. La proposition de directive européenne sur la responsabilité en matière d’IA a par ailleurs été retirée, avis publié le 6 octobre 2025[22] : le contentieux se jugera au droit national.
Que faire des comptes ChatGPT personnels déjà utilisés par mes équipes ?
La question arrive trop tard pour être posée en ces termes. 42 % des salariés français qui utilisent déjà l’IA au travail y accèdent surtout via un compte personnel, contre 29 % via un compte fourni par l’entreprise, et seuls 14 % constatent une politique interne[5]. Interdire supprime la visibilité sans supprimer l’usage : le directeur prudent a raison sur le risque, il se trompe d’instrument. Le vrai arbitrage porte sur le périmètre autorisé, le statut des comptes et les données qui ne sortent jamais. Le cadrage de ces comptes personnels est traité en détail dans la gouvernance de l’IA en PME.
Une conférence en comité de direction peut-elle être financée par un dispositif de formation ?
Non. Le code du travail définit l’action de formation comme un parcours pédagogique permettant d’atteindre un objectif professionnel (article L6313-2), et impose d’informer le bénéficiaire, avant son inscription, des objectifs, du contenu, des formateurs, des horaires et des modalités d’évaluation (article L6353-8)[23]. Une conférence, qui n’organise pas un parcours vers un objectif professionnel, ne répond pas à cette définition, et l’accès aux fonds publics ou mutualisés suppose en outre la certification Qualiopi, obligatoire depuis le 1er janvier 2022 (article L6316-1)[23]. Ce n’est pas une question de sérieux de l’intervenant : la définition légale diffère. Le format et ses limites juridiques sont détaillés dans les conférences pour dirigeants.
Pourquoi deux directeurs peuvent-ils citer des chiffres opposés sans qu’aucun ne se trompe ?
Parce que les enquêtes françaises mesurent deux choses différentes sous le même mot. L’enquête de conjoncture de Bpifrance Le Lab de janvier 2026 établit que 55 % des TPE-PME utilisent l’IA générative fin 2025, contre 31 % fin 2024 ; dans la même enquête, 17 % l’utilisent régulièrement, en hausse de 11 points[7]. Le premier chiffre mesure l’existence d’un usage, le second son installation dans le travail quotidien. Le directeur qui voit l’IA partout décrit le premier, celui qui ne voit rien arriver décrit le second. Ils occupent deux points différents de la même courbe.
Un état des lieux des usages IA demande-t-il un audit lourd ?
Non. Il consiste à répondre à quelques questions vérifiables : quels outils sont réellement utilisés, par quelles fonctions, via quels comptes, sur quelles données, avec quelle fréquence, et quelles règles écrites existent déjà. Une partie des écarts de perception se referme dès que ces réponses sont posées. À ne pas confondre avec un diagnostic : les formats publics sont calibrés en jours, le Diagnostic Data IA étant une prestation de huit jours-hommes destinée aux PME et ETI de 10 à 2 000 salariés[26]. La méthode, source par source, est décrite dans mesurer l’usage réel de l’IA, et un audit IA la conduit quand le comité préfère déléguer.
Faut-il s’inquiéter d’être en retard sur les autres entreprises ?
Le retard, s’il existe, est collectif. En 2025, 58 % des entreprises françaises de 250 salariés ou plus utilisaient l’IA, contre 31 % des entreprises moyennes et 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés[11]. L’INSEE mesure 18 % d’utilisation en 2025 sur les entreprises de dix salariés et plus, contre 10 % en 2024, et 43 points d’écart entre les deux extrémités de taille[10]. Un comité de direction de PME qui se compare à ce qu’il lit dans la presse économique se compare à une population d’entreprises qui n’est pas la sienne.
Le report annoncé par Bruxelles concerne-t-il mon entreprise ?
Probablement pas. La date du 2 août 2026 reste celle de l’applicabilité de l’article 50, sur la transparence[16]. Pour une entreprise utilisatrice, l’obligation porte sur ce qu’elle diffuse : signaler les hypertrucages et les textes publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt public ; l’information de l’internaute face à un assistant conversationnel et le marquage technique des contenus générés incombent au fournisseur du système[16]. Le délai accordé jusqu’au 2 décembre 2026 ne vise que le marquage technique de l’article 50(2) : il concerne les éditeurs de systèmes, pas l’entreprise qui les utilise[17]. Ce qui recule vraiment, c’est le haut risque de l’annexe III, repoussé au 2 décembre 2027[17].

Sources et références

  1. The Adecco Group — « The human premium : Leadership beyond the algorithm » — 21 mai 2026. Enquête auprès de 2 000 dirigeants dans treize pays, complétée de données salariés : 31 % jugent leur comité de direction suffisamment compétent sur l’IA, 31 points d’écart sur la disposition des équipes à collaborer avec des agents IA, 45 % contre 30 % sur l’arrivée des agents, 22 % de confiance dans le développement des compétences. adeccogroup.com
  2. Microsoft — « 2026 Work Trend Index Annual Report » — mai 2026. 20 000 actifs du savoir utilisant déjà l’IA au travail, dans dix marchés dont la France, terrain du 18 février au 7 avril 2026 (enquête Edelman Data x Intelligence, 2 000 répondants par marché) : 26 % perçoivent une direction clairement alignée, 81 % contre 67 % sur la sécurité à proposer, 21 % contre 10 % sur la reconnaissance. microsoft.com — WorkLab
  3. BCG — « Split Decisions : The BCG CEOs and Boards Survey » — communiqué du 4 mai 2026. 625 dirigeants et administrateurs — 351 directeurs généraux et 274 administrateurs — d’entreprises réalisant plus de 100 millions de dollars de chiffre d’affaires. bcg.com
  4. BCG — « AI at Work : Why Strategy Matters More Than Tools » — 3 juin 2026. 11 749 salariés dans quatorze marchés. Une stratégie IA claire est associée à un impact business mesurable supérieur de 25 points ; de meilleurs outils seuls, à 5 points. L’étude ne conclut pas à un lien de cause à effet. bcg.com
  5. Ipsos bva pour Google — « Transition IA : état des lieux et perspectives pour les entreprises » — 24 mars 2026. 2 041 actifs français et 283 cadres dirigeants français, terrains de novembre et décembre 2025 : comptes utilisés, politique interne, formation reçue et fréquence d’usage. ipsos.com — rapport complet (PDF)
  6. Bpifrance Le Lab — « L’IA dans les PME et ETI françaises » — 4 juin 2025, terrain du 15 octobre au 16 décembre 2024. 1 209 dirigeants de PME et ETI de plus de dix salariés et plus de quarante entretiens qualitatifs : quatre profils de dirigeants, 58 % d’enjeu de survie, 43 % de stratégie définie. lelab.bpifrance.fr — étude (PDF)
  7. Bpifrance Le Lab — 82e baromètre semestriel de conjoncture auprès des TPE-PME — 13 janvier 2026, terrain du 5 novembre au 2 décembre 2025, 4 722 répondants. 55 % des TPE-PME utilisent l’IA générative fin 2025 contre 31 % fin 2024 ; 17 % l’utilisent régulièrement, en hausse de 11 points sur un an. presse.bpifrance.fr
  8. Bpifrance — communiqué « Bilan du déploiement des dispositifs IA » — 10 février 2026. Plus de 15 000 entreprises formées ou sensibilisées entre 2023 et 2025, 460 diagnostics Data IA et 205 missions de conseil stratégique. presse.bpifrance.fr
  9. DGE et France Num — « Baromètre France Num 2025 », réalisé par le Crédoc — 29 septembre 2025. 11 021 entreprises répondantes, dont 3 043 PME et 7 978 TPE, interrogées du 26 mars au 18 avril 2025 : 26 % d’usage de solutions d’IA, de 56 % dans les NTIC à 9 % dans l’agriculture, et freins à la formation. francenum.gouv.fr — rapport (PDF)
  10. INSEE Première n° 2120 — « Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025 » — 21 juillet 2026. Utilisation de l’IA par taille d’entreprise à partir de dix salariés. insee.fr
  11. Eurostat — « Artificial intelligence by size class of enterprise », jeu de données isoc_eb_ai — données 2025, mise à jour du 15 juin 2026. Usage de l’IA par taille d’entreprise en France, champ limité aux entreprises de dix salariés ou plus. ec.europa.eu — Eurostat
  12. Grant Thornton — « 2026 AI Impact Survey », analyse « Without C-suite alignment, AI performance sputters » — terrain du 23 février au 18 mars 2026, résultats publiés le 13 avril 2026. 950 dirigeants de haut niveau aux États-Unis, dix secteurs : écart de perception entre direction technique, direction financière et direction des opérations. grantthornton.com
  13. KPMG France et Les EnthousIAstes — « Trends of AI 2026 » — 23 janvier 2026. Étude quantitative et qualitative auprès de 356 répondants français (dont 62 % de directeurs ou de membres de comité exécutif, 47 % en grands groupes et 36 % en ETI), terrain de septembre à octobre 2025, sur un questionnaire coconstruit avec une centaine d’experts de niveau C-level : 60 % de pilotage transverse déployé, 86 % de charte d’usage validée. kpmg.com
  14. EY-Parthenon — « CEO Outlook 2026 », volet France — terrain français de janvier 2026, analyse publiée le 13 avril 2026. 50 dirigeants français interrogés : 91 % pour un traitement de la gouvernance IA au niveau du conseil, 66 % de priorité d’investissement ; comparaison avec le volet international de l’enquête, mené auprès de 1 200 dirigeants de novembre à décembre 2025. ey.com
  15. Gartner — communiqué du 25 juin 2025. Prévision : plus de 40 % des projets d’IA agentique abandonnés d’ici fin 2027, pour coûts croissants, valeur métier mal définie ou contrôles de risque insuffisants. gartner.com
  16. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act) — articles 3(4), 4, 5(1)(f), 26(2), 50, 99 et 113. Définition du déployeur, pratiques interdites, contrôle humain, transparence, plafonds de sanction et calendrier d’applicabilité. eur-lex.europa.eu
  17. Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (omnibus numérique sur l’IA) — JOUE du 24 juillet 2026, entrée en vigueur le 27 juillet 2026. Réécriture de l’article 4, report du haut risque, délai de marquage de l’article 50(2), deux nouvelles pratiques interdites. eur-lex.europa.eu
  18. Commission européenne, Bureau IA — « AI literacy : questions and answers » — mise à jour du 27 juillet 2026. Aucun certificat exigé, registre interne possible, information sur les risques spécifiques, supervision par les autorités nationales de surveillance du marché à compter du début du mois d’août 2026. digital-strategy.ec.europa.eu
  19. Commission européenne — Lignes directrices sur les pratiques interdites (article 5) — publiées le 4 février 2025. Applicabilité de l’interdiction aux déployeurs et portée de l’exception médicale ou de sécurité. digital-strategy.ec.europa.eu
  20. Commission européenne — projet de lignes directrices sur l’article 50 (8 mai 2026) et code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA (version finale du 10 juin 2026). digital-strategy.ec.europa.eu — projet de lignes directrices et digital-strategy.ec.europa.eu — code de bonnes pratiques
  21. Directive (UE) 2024/2853 sur la responsabilité du fait des produits défectueux — JOUE du 18 novembre 2024. Intégration des logiciels et des systèmes d’IA dans la définition du produit, transposition attendue au 9 décembre 2026. eur-lex.europa.eu
  22. Commission européenne — retrait de la proposition de directive sur la responsabilité en matière d’IA — avis publié au JOUE le 6 octobre 2025 (C/2025/5423). eur-lex.europa.eu
  23. Code du travail — articles L6313-1, L6313-2, L6353-8 et L6316-1. Définition de l’action de formation, informations dues au bénéficiaire avant son inscription et conditionnement de l’accès aux fonds publics ou mutualisés à la certification Qualiopi, obligatoire depuis le 1er janvier 2022. code.travail.gouv.fr
  24. Code du travail — article R6351-1. Déclaration d’activité du prestataire de formation, à déposer au plus tard dans les trois mois qui suivent la conclusion de sa première convention ou de son premier contrat de formation professionnelle. code.travail.gouv.fr
  25. DGE — plan national « Osez l’IA » — juillet 2025. Trois étages sensibiliser, former, accompagner, et objectif de 80 % des PME et ETI équipées à l’horizon 2030. entreprises.gouv.fr
  26. DGE — communiqué « Renforcement du plan national Osez l’IA » — 17 juin 2026. Diagnostic Data IA de huit jours-hommes pour les PME et ETI de 10 à 2 000 salariés ; Accélérateur IA sur dix-huit mois, trente-huit jours d’accompagnement au total. entreprises.gouv.fr
  27. Cour des comptes — « La stratégie nationale pour l’intelligence artificielle : consolider les succès de la politique publique de l’IA, élargir son champ » — 19 novembre 2025. 35 % des crédits consommés au 30 juin 2025 et programmation 2023-2025 inférieure d’un tiers à l’annonce. ccomptes.fr
  28. Cigref — « Guide de mise en œuvre de l’AI Act », partie gouvernance — 13 mai 2025. Cinq prérequis, dont un comité IA transverse réunissant juridique, informatique, données, conformité et cybersécurité. cigref.fr
  29. Blog du Modérateur — étude annuelle sur l’IA en entreprise, en partenariat avec SocIAty — édition 2026. 807 professionnels du numérique : recul de la part de ceux dont l’employeur décourage l’usage de l’IA, intégration la plus forte en direction générale. blogdumoderateur.com

© farweb.fr — Strasbourg — Tous droits réservés

Share This