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Diagnostic des usages

Vos équipes utilisent déjà l’IA. Vos licences n’en montrent qu’une partie.

La liste des abonnements ne montre ni les comptes personnels, ni les fonctions d’IA intégrées aux logiciels, ni les documents que les équipes y déposent. Pour comprendre les usages sans surveiller les personnes, croisez la comptabilité, un questionnaire, des entretiens et les fonctions activées dans les logiciels.

Par Raphaël Uhlrich·Publié le 28 juillet 2026·12 min de lecture

La lumière rasante révèle sur un sol de pierre le sillon poli laissé par des années de passage.
Les outils payés par l’entreprise ne révèlent qu’une partie des usages de l’IA.

Ce que les salariés n’osent pas toujours dire en réunion

Un comité qui ouvre le sujet par « qui utilise l’IA ici ? » obtient une réponse sincère à une tout autre question : ce qu’un salarié juge pouvoir dire de son usage devant sa hiérarchie, dans une organisation qui n’a rien formalisé.

En France, parmi les actifs qui utilisent l’IA au travail, 42 % y accèdent surtout par un compte personnel et 21 % autant par un compte personnel que professionnel ; 29 % seulement passent surtout par un compte fourni par l’employeur[1]. Si ces usages se tiennent hors cadre, c’est d’abord qu’il n’existe aucun cadre : 14 % des actifs français déclarent que leur entreprise a mis en place une politique interne d’utilisation de l’IA, 60 % affirment qu’il n’y en a pas et 25 % ne savent pas[1]. Le détail par taille interdit de croire que la question se limite aux petites structures : 10 % des actifs de micro-entreprises constatent une telle politique, 14 % de ceux des entreprises de 10 à 249 salariés, 28 % de ceux des ETI et des grandes entreprises[1].

Demander une déclaration spontanée dans ce vide revient à demander à un salarié d’évaluer seul, en séance, le risque qu’il prend en parlant. La direction dispose de son côté d’une visibilité partielle qu’elle prend souvent pour la réalité : 35 % des cadres dirigeants français ont conscience que des salariés utilisent leurs comptes personnels et 29 % ont constaté l’usage d’outils d’IA non approuvés[1].

L’écart de représentation se mesure ailleurs, et il est large.

The Adecco Group, Business Leaders research 2026[3]

Échantillon
2 000 dirigeants C-suite, treize pays
Période
Terrain de décembre 2025 à janvier 2026, publication le 21 mai 2026
Résultat
70 % contre 39 % de salariés sans fonction d’encadrement qui se disent à l’aise pour collaborer avec un agent IA, face à l’estimation qu’en font les dirigeants : trente et un points d’écart
Angle mort
Les 70 % viennent d’une enquête Adecco distincte, « Humanity at work », octobre 2025, 9 928 salariés sans fonction d’encadrement : la comparaison donne un ordre de grandeur, pas une mesure appariée

Microsoft WorkLab, Work Trend Index 2026[13]

Échantillon
20 000 salariés, dix marchés dont la France
Période
Terrain Edelman Data x Intelligence, du 18 février au 20 avril 2026
Résultat
81 % contre 67 % de dirigeants qui s’estiment en sécurité pour proposer de nouvelles façons de travailler avec l’IA, face aux salariés
Angle mort
La reconnaissance accordée à ceux qui essaient est elle aussi surestimée : 21 % contre 10 %

Ces deux enquêtes couvrent des marchés très divers et se lisent comme un ordre de grandeur ; la direction du biais, elle, reste constante de l’une à l’autre.

Avant de débattre des règles, la direction a donc intérêt à comparer ses perceptions à ce que les salariés déclarent. Les deux enquêtes montrent des écarts, sans décrire pour autant la situation de votre entreprise.

Les usages, les données et les comptes à recenser

Un état des lieux utile ne cherche pas « le taux d’adoption ». Il répond à quatre questions distinctes, dont trois sont internes et une regarde vers l’extérieur.

Les quatre inconnues à lever, et la seule des quatre qui soit adossée à une date.

L’inconnueCe qu’elle recouvreÉchéance
Qui utilise, et à quelle fréquence La différence entre un essai curieux et une habitude quotidienne change tout l’arbitrage. Aucune
Sur quelles tâches, et avec quelles données Un compte rendu de réunion interne et un extrait de contrat client ne posent pas le même problème. Aucune
Par quel canal Compte fourni par l’entreprise, compte créé par le salarié, ou fonctionnalité déjà activée dans un logiciel que vous payez. Aucune
Ce qui sort de l’entreprise Quels contenus produits avec de l’IA quittent l’entreprise, et lesquels tombent sous une obligation de signalement. 2 août 2026, article 50

Cette quatrième inconnue est la seule adossée à une date. L’article 50 du règlement (UE) 2024/1689 sur la transparence s’applique depuis le 2 août 2026, et il figure dans la liste limitative des articles sanctionnés par l’article 99, paragraphe 4 : jusqu’à 15 000 000 EUR ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le plus bas des deux plafonds s’appliquant aux PME[8]. Pour une entreprise qui se contente d’utiliser des outils du marché, ce sont les obligations de déployeur du paragraphe 4 qui portent, et leur champ est plus étroit qu’on ne le lit souvent : les images, les sons et les vidéos constitutifs d’un hypertrucage d’une part, les textes publiés afin d’informer le public sur des questions d’intérêt public d’autre part, ces derniers étant dispensés de signalement lorsqu’ils ont fait l’objet d’une relecture humaine assortie d’une responsabilité éditoriale[8]. Le règlement (UE) 2026/1744, en vigueur depuis le 27 juillet 2026, a reporté le volet haut risque à décembre 2027 et août 2028 sans déplacer la date générale de l’article 50[9] ; le sursis de quatre mois qu’il accorde vise le marquage des systèmes déjà mis sur le marché, une obligation qui pèse sur les éditeurs. Le détail du calendrier est traité dans l’article dédié à l’AI Act pour l’entreprise ; ce qui compte ici, c’est que l’inventaire doit couvrir ce que l’entreprise publie autant que la liste des outils installés.

Quatre sources à croiser pour connaître les usages

Aucune source ne suffit seule. Le recoupement sert à distinguer les outils disponibles des usages réels.

SourceCe qu’elle capteCe qu’elle rate
ComptabilitéDépenses, abonnements et achats déclarésUsages gratuits et comptes personnels
Journaux techniquesConnexions, volumes, outils reliésCe qui se passe hors des systèmes suivis
Questionnaire anonymeUsages discrets, freins, fréquence perçuePreuves d’usage et précision technique
EntretiensContexte, pratiques et motivationsL’ampleur à l’échelle de l’entreprise
Chaque source voit une part du réel ; c’est leur recoupement qui fait l’état des lieux.

Les abonnements payés donnent un premier indice

La comptabilité offre un point de départ concret : les abonnements et les dépenses que l’entreprise a déjà enregistrés. Regardez trois endroits — les relevés des cartes affaires sur les douze derniers mois, les notes de frais récurrentes de faible valeur, les prélèvements automatiques sur le compte de l’entreprise. Cherchez les libellés en anglais, les abonnements mensuels reconduits, les achats sur des places de marché d’applications, les licences souscrites par une équipe sans passer par l’informatique.

Deux précautions de lecture s’imposent. Une ligne comptable ne prouve pas un usage : un abonnement souscrit puis oublié gonfle artificiellement le résultat. À l’inverse, et c’est la limite majeure, une grande part des usages ne laisse aucune trace comptable, puisque les versions gratuites couvrent très bien la reformulation, la traduction, le résumé et la rédaction de courriels. L’inventaire financier donne un plancher ; il ne donnera jamais un total.

Cet inventaire permet au moins de discuter à partir d’une liste d’outils identifiés, avec leurs dates de souscription et leurs dépenses enregistrées. Il faut ensuite vérifier si ces abonnements sont réellement utilisés : leur présence dans les comptes ne suffit pas à le démontrer.

L’IA se trouve aussi dans vos logiciels habituels

Aucun achat n’est nécessaire à cette étape, à condition de regarder aux bons endroits.

La console d’administration de votre suite bureautique peut fournir d’autres informations utiles. Elle liste les applications tierces auxquelles un salarié a donné accès à son compte professionnel : signal fort, parce qu’il indique à la fois l’outil et le périmètre de données autorisé, souvent la messagerie ou le stockage. Vient ensuite le journal du filtrage web, du pare-feu ou du résolveur DNS : il vous donne les domaines interrogés depuis le réseau de l’entreprise, en volume et par jour. Si le parc est administré, la liste des extensions de navigateur installées complète utilement le tableau.

Ne limitez pas l’inventaire aux nouveaux outils : des fonctions d’IA peuvent être déjà activées dans les logiciels que l’entreprise utilise. Assistant de rédaction dans la suite bureautique, résumé automatique dans l’outil de visioconférence, suggestion de réponse dans le CRM ou l’outil de support. Vérifiez les fonctions activées dans vos logiciels métier, y compris celles que personne n’a installées séparément. Ce déplacement de regard rejoint celui décrit dans l’analyse du shadow AI et de ses parades.

Trois garde-fous, parce qu’une mesure mal conduite coûte plus cher qu’une absence de mesure.

  1. 01

    Regrouper les données

    Travaillez en agrégé et laissez de côté toute identification individuelle.

  2. 02

    Expliquer la démarche en amont

    Annoncez la démarche avant de la mener, en disant ce qui est regardé et ce qui ne l’est pas : la collecte reste agrégée, annoncée et bornée dans le temps.

  3. 03

    Vérifier les obligations

    Vérifiez vos obligations d’information et de consultation des représentants du personnel avant de toucher aux journaux.

Un diagnostic qui se transforme en dispositif de surveillance individuelle tarit durablement la déclaration spontanée, et le crédit perdu ne se regagne pas en une campagne.

Poser les bonnes questions sans mettre les salariés en cause

Un questionnaire mal formulé produit un chiffre faux avec l’apparence de la rigueur. Quatre règles suffisent à le rendre exploitable.

L’anonymat doit être réel : pas de champ « service » si vos services comptent trois personnes, pas d’adresse de messagerie, une fenêtre de réponse courte, annoncée à l’avance et tenue. L’introduction du questionnaire doit préciser l’usage des réponses, les personnes qui y auront accès et les limites de confidentialité. Ne promettez pas une absence de sanction si cet engagement n’a pas été formalisé et validé dans l’entreprise. La période de référence doit être courte : « la semaine dernière » produit une mesure, « habituellement » produit une impression. Enfin, les questions portent sur des tâches et laissent les personnes en dehors.

Concrètement, remplacez « utilisez-vous des outils d’IA non autorisés ? » par « pour quelles tâches avez-vous utilisé un outil d’IA la semaine dernière ? », avec une liste fermée de tâches issues de vos métiers et une case « autre ». Posez la question du canal de façon neutre, en reprenant la trame des enquêtes nationales, ce qui vous permettra de comparer votre résultat au repère français de 42 % et 29 %[1] : compte fourni par l’entreprise, compte que j’ai créé moi-même, les deux, aucun. Ajoutez une question de fréquence à trois modalités — chaque jour, au moins une fois par semaine, plus rarement. Cette question est décisive : les enquêtes nationales relèvent 55 % de TPE-PME déclarant utiliser l’IA générative fin 2025, mais 17 % seulement un usage régulier[2]. Sans mesure de fréquence, vous obtiendrez un chiffre spectaculaire et inutilisable.

Terminez par deux questions sur la donnée, en oui / non / je ne sais pas : avez-vous déjà transmis à un outil d’IA un extrait de document interne ; un élément identifiant un client ou un salarié. La réponse « je ne sais pas » est une information à part entière, et souvent la plus fréquente.

Chaque métier a ses propres usages de l’IA

Une moyenne pour toute l’entreprise peut masquer des différences importantes entre métiers. Prévoyez un entretien court par fonction : administration des ventes, commerce, marketing, production ou exploitation, ressources humaines, informatique, et le dirigeant lui-même.

Ouvrez sans prononcer le mot IA : « décrivez-moi une tâche sur laquelle vous avez gagné du temps ces deux dernières semaines », puis « comment faisiez-vous avant ». Ces questions peuvent faire apparaître des usages avec leur contexte : la tâche, les documents utilisés et la façon de travailler auparavant. Notez les fichiers pivots, les tâches de reformulation, les comptes rendus, les réponses type, les traductions, les tris de listes.

Pourquoi par fonction : le jugement porté sur l’IA dépend fortement du poste occupé. Une enquête menée aux États-Unis du 23 février au 18 mars 2026 auprès de 950 dirigeants de haut niveau, répartis sur dix secteurs, mesure 39 % de DSI estimant leur main-d’œuvre pleinement prête à adopter l’IA, contre 10 % de directeurs financiers et 7 % de directeurs des opérations[6]. Ces écarts comparent des dirigeants d’entreprises différentes et ne décrivent donc aucun comité en particulier ; ils indiquent que la fonction colore le jugement, et qu’un état des lieux construit par une seule direction héritera de son angle mort.

Deuxième raison : la fracture d’expérience est aussi générationnelle. En France, 52 % des moins de 35 ans utilisent l’IA dans les deux cadres, professionnel et personnel, contre 24 % chez les 55 ans et plus[1]. Vos entretiens doivent croiser les fonctions et les tranches d’âge, faute de quoi vous mesurerez une population plutôt qu’une entreprise.

Comparez vos usages à ceux d’entreprises de votre taille

L’état des lieux tient sur une page. Une ligne par fonction, quatre colonnes : tâches concernées, canal dominant, données exposées, fréquence. Trois chiffres de synthèse en haut : part de répondants déclarant un usage au moins hebdomadaire, part passant par un compte personnel, nombre de tâches citées touchant à des données clients ou salariés.

La grille de consolidation, telle qu’elle se remplit : une ligne par fonction.

FonctionTâches concernéesCanal dominantDonnées exposéesFréquence
Administration des ventes Réponses type, reformulation de courriels Compte créé par le salarié Extrait de document interne Au moins une fois par semaine

Choisir la population à laquelle se comparer

Un même résultat change de sens selon le repère public auquel on le rapporte.

Repère publicPopulation couverteCe qu’il permet de conclure
Chiffre TPE-PMETrès petites et petites entreprisesRepère large, souvent trop bas pour une PME structurée
Tranche 50 à 249 salariésPME au sens de l’INSEEPopulation réellement comparable pour la plupart des comités
Chiffre 250 salariés ou plusGrandes entreprises et ETIRepère haut, atteignable seulement avec des moyens dédiés
Se comparer à la bonne population change la lecture du résultat plus que le résultat lui-même.

Reste à savoir si votre résultat est haut ou bas. Évitez de vous comparer à ce que vous lisez dans la presse économique, qui parle de grands groupes. Les repères pertinents sont publics : 26 % des TPE-PME françaises utilisent des solutions d’IA en 2025, contre 13 % en 2024, sur un échantillon de 11 021 entreprises[4] ; l’INSEE relève 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus, avec 15 % pour les 10-49 salariés, 31 % pour les 50-249 et 58 % au-delà de 250[5]. Un dirigeant de PME qui se compare au dernier chiffre se juge sur une population qui n’est pas la sienne.

Connaître les usages ne dit pas encore ce qu’ils rapportent

L’état des lieux ne dit pas si l’IA améliore le travail. Aucun de ces signaux ne mesure un gain : ils mesurent une pratique. La question du rendement se traite séparément, avec une autre méthode et d’autres indicateurs, comme détaillé dans l’article consacré au budget et au retour sur investissement IA.

L’état des lieux ne permet pas de retrouver tous les documents déjà transmis à des services d’IA. Un diagnostic conduit aujourd’hui ne rétablit pas ce qui a été transmis à un service tiers il y a huit mois. C’est une raison de le faire vite, pas une raison de renoncer.

Elle ne dira pas non plus les intentions. Mieux vaut lire un usage non déclaré comme le contournement d’une lenteur interne que comme une déloyauté : la seconde lecture coûte plus qu’elle ne rapporte. Utiliser cet état des lieux pour mettre des salariés en cause risque de rendre les prochains échanges moins sincères.

Elle ne dit rien de l’avenir immédiat, enfin, et le calendrier n’est pas partagé : 45 % des 2 000 dirigeants interrogés attendent des agents IA dans leurs équipes d’ici un an, quand l’enquête Adecco distincte menée auprès des salariés sans fonction d’encadrement en relève 30 %[3].

Un dernier point d’honnêteté sur le mot « diagnostic ». Ce que je décris ici est une photo interne, réalisable sans budget.

Diagnostic Data IA — le terme de diagnostic renvoie à autre chose dans les dispositifs publics : le Diagnostic Data IA soutenu par l’État est calibré à huit jours-hommes pour une PME ou une ETI[11]. Les deux ne servent pas au même moment. La photo précède la décision ; le diagnostic long instruit un projet déjà décidé.

L’état des lieux permet de décider qui former et quelles règles écrire

Trois déplacements, dans la façon dont le comité pose le problème.

Le premier : la question « faut-il autoriser l’IA ? » disparaît d’elle-même. Avec 42 % d’accès par compte personnel constatés au niveau national[1] et une position d’interdiction qui recule — la part de professionnels du digital déclarant que leur employeur déconseille l’IA générative passe de 10,3 % en 2024 à 9,5 % en 2025 puis 8,4 % en 2026, sur un panel de 807 répondants interrogés par le Blog du Modérateur[12] —, le comité ne décide plus d’une entrée, il décide d’une régularisation. C’est le point de départ de toute démarche de gouvernance IA en PME.

Le deuxième : la formation cesse d’être un sujet général. 21 % des salariés français déclarent avoir reçu une formation professionnelle à l’IA, et l’usage hebdomadaire atteint 68 % chez les formés contre 26 % chez les autres[1]. L’état des lieux aide à préciser quelles équipes former, sur quelles tâches et dans quel ordre — sujet traité dans l’analyse de la formation à l’IA générative.

Le troisième : l’obligation devient traçable. L’article 4 du règlement européen a été réécrit par l’omnibus du 27 juillet 2026 en obligation de moyens : prendre des mesures pour soutenir le développement de la maîtrise de l’IA du personnel et des personnes agissant pour le compte de l’entreprise[9]. La FAQ du Bureau IA précise qu’aucun certificat n’est exigé et qu’un registre interne des formations et initiatives constitue une preuve appropriée[10]. Votre état des lieux daté, avec la liste des usages et les consignes diffusées, est la première pièce de ce registre.

Reste l’argument qui devrait clore la discussion sur l’opportunité de mesurer avant d’acheter : dans la quatrième édition de l’enquête BCG, menée auprès de 11 749 salariés dans 14 marchés, l’analyse conduite sur les 9 923 utilisateurs réguliers associe une stratégie IA claire à un impact mesurable sur l’activité supérieur de 25 points de pourcentage, quand de meilleurs outils sans stratégie n’y sont associés qu’à hauteur de 5 points[7].

L’écart entre les deux associations est d’un facteur cinq : il ne prouve pas qu’une décision claire produit l’impact, mais il situe où se joue la différence. Connaître les pratiques existantes aide à décider des changements utiles.

Faire le point sur les usages de l’IA dans votre entreprise

Un état des lieux daté, construit sur vos propres signaux et remis en une page : usages par fonction, canal dominant, données exposées, fréquence.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour établir cet état des lieux ?
Compté en jours de travail répartis sur trois semaines : une journée pour l’inventaire financier, une demi-journée pour les signaux techniques avec l’informatique, une semaine calendaire de collecte pour le questionnaire, puis un entretien court par fonction. La consolidation tient en une demi-journée. Ce sont des ordres de grandeur de charge, pas une norme mesurée. Aucune de ces étapes n’exige d’achat : la comptabilité, la console d’administration et le journal de filtrage web existent déjà. Le seul point qui allonge le calendrier est la fenêtre de réponse du questionnaire, qu’il vaut mieux ne pas raccourcir.
Faut-il prévenir les salariés avant de regarder les journaux techniques ?
Oui, et avant plutôt qu’après. L’information préalable, la proportionnalité de la mesure et les obligations de consultation des représentants du personnel s’appliquent indépendamment de l’AI Act. Une collecte agrégée, annoncée et bornée dans le temps se défend ; une collecte nominative découverte après coup détruit la confiance nécessaire à la suite, et bien au-delà de la démarche en cours. L’annonce n’a pas besoin d’être longue : dire ce qui est regardé, à quelle maille, sur quelle période et ce qui n’en sortira pas suffit à lever l’essentiel des réserves. C’est aussi ce qui distingue un état des lieux d’un contrôle.
Le questionnaire anonyme ne va-t-il pas produire des réponses complaisantes ?
Il en produira, d’où le recoupement. Si le questionnaire annonce un usage massif que ni la comptabilité ni les journaux techniques ne confirment, vous mesurez une intention. Si les journaux montrent un trafic que le questionnaire ne déclare pas, vous mesurez un déficit de confiance. Les deux écarts sont eux-mêmes des résultats exploitables. C’est aussi pourquoi l’inventaire financier garde son utilité : il donne un plancher, jamais un total.
Que faire des usages non conformes découverts pendant la mesure ?
Rien d’individuel, conformément à l’amnistie annoncée. La sortie de la démarche est une règle écrite qui vaut pour l’avenir, sans effet rétroactif. Le comité gagne à distinguer nettement deux temps : la photo, qui ne juge personne, et la règle, qui engage tout le monde à compter d’une date. Confondre les deux revient à transformer un diagnostic en enquête interne, et garantit que le suivant ne donnera plus rien : les usages ne disparaissent pas, ils cessent seulement d’être déclarés. La règle écrite qui doit suivre ce constat est traitée dans la gouvernance de l’IA en PME.
Faut-il un outil de détection du shadow AI pour faire ce travail ?
Non pour une première photo. La console d’administration de votre suite bureautique, le journal de filtrage web et la comptabilité couvrent l’essentiel. Un outil dédié se justifie ensuite, pour la surveillance continue d’un périmètre déjà cartographié, plutôt que pour l’établir. Le point le plus souvent manqué ne réclame d’ailleurs aucun achat : les fonctions d’IA déjà activées dans les logiciels métier se repèrent en passant en revue les modules de ces logiciels, un par un. Le risque que ces outils prétendent couvrir est décrit dans shadow AI agentique en entreprise ; un audit IA mène le relevé sans nouvel achat.
Cet état des lieux suffit-il à remplir l’obligation de maîtrise de l’IA ?
Non, elle n’en est que la première pièce. L’article 4, tel que réécrit en juillet 2026, demande des mesures visant à soutenir le développement de la maîtrise de l’IA du personnel. Un état des lieux daté, suivi de consignes d’usage diffusées et d’actions de sensibilisation consignées, constitue le registre interne que la Commission décrit comme une preuve appropriée. Aucun certificat n’est exigé, et la démarche vaut pour le personnel comme pour les personnes agissant pour le compte de l’entreprise. Ce que l’article 4 impose réellement est détaillé dans AI Act et obligation de formation.

Sources et références

  1. Ipsos bva pour Google — « IA en entreprise : état des lieux et leviers d’accélération » — 24 mars 2026 — ipsos.com, rapport complet (PDF). Volet actifs : 2 041 actifs français, terrain du 6 au 17 novembre 2025. Volet dirigeants : « Business Use of AI », Public First pour Google, 2 348 dirigeants de 15 pays européens dont 283 en France, terrain du 5 au 17 décembre 2025. Établit les parts d’accès par compte personnel, l’absence de politique interne, la formation et l’écart de perception des dirigeants.
  2. Bpifrance Le Lab — 82e baromètre semestriel de conjoncture TPE-PME — communiqué du 13 janvier 2026 — presse.bpifrance.fr. 4 722 réponses d’entreprises de 1 à 249 salariés, terrain du 5 novembre au 2 décembre 2025. Établit l’écart entre déclaration d’usage et usage régulier dans les TPE-PME.
  3. The Adecco Group — « Business Leaders research 2026 », rapport « The human premium: Leadership beyond the algorithm » — 21 mai 2026 — adecco.com, rapport (PDF). 2 000 dirigeants C-suite dans treize pays, terrain de décembre 2025 à janvier 2026. Les données salariés citées en regard proviennent d’une enquête Adecco distincte, « Humanity at work » (octobre 2025, 9 928 salariés sans fonction d’encadrement). Établit l’écart de perception entre dirigeants et salariés sans fonction d’encadrement, ainsi que le décalage d’anticipation sur les agents IA. Angle mort : les deux chiffres viennent de deux enquêtes et de deux dates différentes, la comparaison donne un ordre de grandeur et non une mesure appariée.
  4. France Num / DGE — « Baromètre France Num 2025 » — septembre 2025 — francenum.gouv.fr, rapport (PDF). Crédoc, 11 021 entreprises répondantes, terrain du 26 mars au 18 avril 2025. Établit le repère d’adoption des TPE-PME françaises.
  5. INSEE — « Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025 » — INSEE Première n° 2120, 21 juillet 2026 — insee.fr/fr/statistiques/9025878. Établit les taux d’adoption par tranche d’effectif à partir de 10 salariés.
  6. Grant Thornton — « Without C-suite alignment, AI performance sputters », analyse issue de la « 2026 AI Impact Survey »grantthornton.com. 950 dirigeants de haut niveau aux États-Unis, dix secteurs, enquête menée du 23 février au 18 mars 2026. Établit la dispersion du jugement de préparation selon la fonction dirigeante.
  7. BCG — « AI at Work: Why Strategy Matters More Than Tools » — 3 juin 2026 — bcg.com/publications/2026. Quatrième édition : 11 749 salariés dans 14 marchés, dont 9 923 utilisateurs réguliers sur lesquels porte la comparaison de l’impact mesurable. Établit le poids relatif de la clarté stratégique et de l’outillage, sur une base observationnelle et non causale.
  8. Règlement (UE) 2024/1689 (AI Act) — 13 juin 2024, publié au JOUE le 12 juillet 2024 — eur-lex.europa.eu, règlement (UE) 2024/1689. Articles 50 et 99, paragraphes 4 et 6. Établit la date d’application des obligations de transparence et les plafonds de sanction applicables.
  9. Règlement (UE) 2026/1744 — 8 juillet 2026, publié au JOUE le 24 juillet 2026, en vigueur le 27 juillet 2026 — eur-lex.europa.eu, règlement (UE) 2026/1744. Établit le report du volet haut risque, le maintien de la date de l’article 50 et la réécriture de l’article 4.
  10. Commission européenne, Bureau de l’IA — FAQ « AI literacy — questions and answers » — mise à jour du 27 juillet 2026 — digital-strategy.ec.europa.eu. Établit qu’aucun certificat n’est exigé et qu’un registre interne constitue une preuve appropriée.
  11. DGE — communiqué « Renforcement du plan national Osez l’IA » — 17 juin 2026 — entreprises.gouv.fr. Établit le calibrage du Diagnostic Data IA à huit jours-hommes pour une PME ou une ETI.
  12. Blog du Modérateur — « IA en entreprise en 2026 : 8 % des employeurs l’interdisent encore », enquête annuelle en partenariat avec SocIAty — 23 juin 2026 — blogdumoderateur.com/ia-entreprise-2026. 807 professionnels du digital, enquête en ligne du 24 avril au 29 mai 2026. Établit le recul de la part de répondants dont l’employeur déconseille l’IA générative entre 2024 et 2026. Angle mort : panel auto-sélectionné de lecteurs d’un média spécialisé, signal de tendance et non repère représentatif.
  13. Microsoft WorkLab — « 2026 Work Trend Index Annual Report — Agents, human agency, and the opportunity for every organization » — 5 mai 2026 — microsoft.com/worklab, work trend index. Enquête Edelman Data x Intelligence, 20 000 salariés, dix marchés dont la France, terrain du 18 février au 20 avril 2026. Établit l’écart de sentiment de sécurité et de reconnaissance perçue entre dirigeants et salariés.

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