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Gouvernance IA

Le comité a tranché sur l’IA. Six mois plus tard, rien n’a bougé.

Une décision d’entreprise sur l’IA ne meurt presque jamais d’une opposition frontale. Elle meurt d’un vide : personne n’a été nommé, aucune date de constat n’a été posée, et le sujet est réputé traité parce qu’il a été discuté. Six mois plus tard, l’organisation en est exactement au même point, avec en prime la conviction d’avoir avancé.

Par Raphaël Uhlrich·Publié le 28 juillet 2026·13 min de lecture

Sur un mur patiné, un rectangle plus clair marque l’emplacement de ce qui a été décroché.
Six mois plus tard, il ne reste que la trace de ce qui était affiché.

Le refus n’a plus besoin d’être combattu

La position « on n’y touche pas » se raréfie. En 2026, 8,4 % des professionnels du digital interrogés déclarent travailler dans une entreprise qui déconseille les outils d’IA générative, contre 10,3 % en 2024, tandis que près de 36 % disent que l’usage y est pleinement intégré aux process ou obligatoire — une proportion qui monte à 60,6 % chez ceux qui exercent en direction générale[1]. Cet échantillon ne représente pas l’économie entière, mais la direction du mouvement est nette. La conviction, elle, est acquise depuis longtemps au sommet : 70 % des cadres dirigeants français dont l’entreprise utilise l’IA estiment qu’elle a amélioré la productivité au cours de l’année écoulée, et 72 % y voient un avantage compétitif déjà indispensable ou appelé à le devenir d’ici trois ans[2].

Cette conviction ne se traduit pourtant pas en usage installé. Chez les dirigeants de PME et d’ETI françaises, 58 % considèrent l’IA comme un enjeu de survie à trois à cinq ans, 43 % seulement ont défini une stratégie, et un tiers l’utilisent réellement — 387 dirigeants sur 1 209[3]. L’écart se loge à l’intérieur du camp des convaincus. Une mesure plus récente le confirme autrement : fin 2025, 55 % des TPE-PME déclarent utiliser l’IA générative, quand 17 % l’utilisent régulièrement[4]. Entre l’usage déclaré et l’usage installé, il y a un facteur qui n’a rien à voir avec l’adhésion.

Ipsos bva pour Google[2]

Échantillon
283 cadres dirigeants français
Période
terrain du 5 au 17 décembre 2025, publication du 24 mars 2026
Résultat
70 % des dirigeants dont l’entreprise utilise l’IA estiment qu’elle a amélioré la productivité sur l’année écoulée
Angle mort
perception de dirigeants, pas une mesure d’usage

Bpifrance Le Lab[3]

Échantillon
1 209 dirigeants de PME et d’ETI françaises
Période
terrain d’octobre à décembre 2024, publication en juin 2025
Résultat
32 % l’utilisent réellement (387 adoptants sur 1 209), quand 58 % y voient un enjeu de survie
Angle mort
terrain clos en décembre 2024 : la mesure ne dit rien des usages 2026

Ce facteur porte un nom simple : l’évaporation.

Évaporation — la décision est prise, elle est sincère au moment où elle est prise, et elle se dissout ensuite faute de porteur, faute d’échéance et faute de lieu où l’on vienne constater qu’elle a produit quelque chose.

L’évaporation est un phénomène mesuré, pas une impression

L’opérateur public le documente sur ses propres dispositifs. Entre 2023 et 2025, plus de 15 000 entreprises ont été formées ou sensibilisées à l’IA via IA Booster France 2030, ce qui a donné 460 diagnostics Data IA réalisés et 205 missions de conseil stratégique, soit environ 3 % des entreprises sensibilisées qui franchissent l’étape suivante[5]. La sensibilisation garde toute son utilité. Ce que montre cet écart d’ordre de grandeur, c’est que rien, dans le dispositif lui-même, ne transforme mécaniquement une prise de conscience en action.

La Cour des comptes pose le même diagnostic à l’échelle nationale : le soutien à la demande des entreprises en solutions d’intelligence artificielle n’a bénéficié que de dispositifs très modestes, l’enveloppe programmée sur 2023-2025 a été réduite d’un tiers par rapport à ce qui avait été annoncé, et 35 % seulement des crédits avaient été consommés au 30 juin 2025[6]. Une stratégie annoncée au plus haut niveau de l’État, dotée, communiquée, et dont l’exécution s’étiole : la mécanique est exactement celle d’un comité de direction, à une autre échelle. Le dirigeant qui se croit isolé face à une décision qui n’avance pas fait face à un phénomène collectif et documenté.

Il faut aussi regarder l’alignement dans la durée. Dans une enquête internationale portant sur dix marchés dont la France, seuls 26 % des utilisateurs professionnels de l’IA déclarent que leur direction est clairement et constamment alignée sur le sujet[7]. Le mot qui compte est « constamment ». Un alignement obtenu un jeudi après-midi en séance ne décrit pas un état stable, mais un point sur une courbe qui redescend si personne ne la tient.

  1. 01

    La séance : la décision existe

    Elle est prise, formulée, parfois écrite. À cet instant, tout le monde sait de quoi il s’agit et qui l’a demandée.

  2. 02

    Semaine 2 : le porteur disparaît

    Personne ne conteste la décision ; plus personne ne sait à qui elle appartient. C’est le premier élément de portage qui se retire.

  3. 03

    Mois 3 : l’échéance devient une saison

    La date cède la place à « à la rentrée », qui ne se rate jamais et n’oblige personne.

  4. 04

    Mois 6 : le sujet est réputé traité

    Il figure dans les comptes rendus, donc il a été traité. La trace suffit à clore le sujet sans que rien n’ait bougé.

Ce qui s’évapore n’est pas la volonté, c’est le portage

Trois données convergent sur le même point de fragilité, et aucune ne concerne l’envie de faire.

D’abord, la direction doute d’elle-même : moins d’un tiers des dirigeants, 31 %, estiment que leur propre comité de direction maîtrise suffisamment l’IA[8]. Un collectif qui se juge insuffisamment compétent sur l’objet de sa décision ne produit pas de consignes précises. Il produit une orientation, et une orientation s’interprète au lieu de s’exécuter — chacun l’interprétant depuis son poste et ses contraintes.

Ensuite, la direction doute de sa capacité d’exécution : 22 % seulement des dirigeants se déclarent très confiants dans la capacité de leur entreprise à développer les compétences numériques et d’avenir nécessaires[8]. Ce doute, rarement exprimé en séance, agit après la séance. Il transforme la décision en intention prudente que personne n’a intérêt à porter seul.

Enfin, le calendrier n’est pas partagé. Sur l’arrivée des agents IA dans les équipes, 45 % des dirigeants les attendent d’ici un an, contre 30 % des collaborateurs[8]. Un comité qui tranche selon son propre horizon décide pour une organisation qui court à une autre vitesse. Si vous envisagez ce type de déploiement, l’écart de calendrier est le premier point à traiter avant l’outillage — le sujet est développé dans mon guide de décision sur les agents IA en entreprise.

Le paradoxe français mérite d’être posé : 91 % des dirigeants français estiment que la gouvernance de l’IA doit être traitée au niveau du conseil, contre 83 % à l’international, et 66 % font de l’IA et du numérique leur première priorité d’investissement 2026, contre 44 % à l’international[9]. La France ne souffre donc pas d’un déficit de conviction au sommet. Elle souffre d’un déficit d’exécution collective, et c’est un problème d’une tout autre nature.

Le modèle de gouvernance publié n’aide d’ailleurs pas les structures moyennes. Le Cigref identifie cinq prérequis à une gouvernance de l’IA, dont la définition d’une stratégie au niveau managérial, et recommande un comité de gouvernance de l’IA réunissant des représentants des départements concernés — juridique, données, conformité, cybersécurité, informatique, opérations — rendant compte à un sponsor de haut niveau[10].

Le modèle est cohérent pour les grandes organisations qui composent le Cigref. Une PME de soixante personnes n’a pas six directions à réunir. Elle a trois personnes qui portent déjà quatre casquettes, et un comité formel de plus est précisément ce qui ne se réunira jamais deux fois.

La mise en place d’une gouvernance proportionnée — inventaire des usages, règle écrite, référent — est un sujet à part entière, que je traite dans gouvernance de l’IA en PME. Ce qui suit concerne l’étage d’avant : faire survivre une décision déjà prise.

Cinq signaux qu’une décision est en train de mourir

1. Personne ne sait citer le nom du porteur

Le premier signal se teste en une question posée à quelqu’un qui n’était pas dans la salle : « qui s’occupe du sujet IA ? » Une réponse qui nomme une fonction — la DSI, les RH, la direction — au lieu d’une personne indique que la décision n’a plus de propriétaire. La diffusion est le point faible mesuré : parmi les salariés français, 14 % déclarent que leur entreprise a mis en place une politique interne encadrant l’usage de l’IA, 60 % affirment qu’il n’y en a pas, et 25 % ne savent pas[11]. Ce quart d’indécis est le plus instructif. Il décrit des organisations où quelque chose a peut-être été décidé, sans que l’information ait atteint les postes de travail.

2. L’échéance a été remplacée par une saison

« On regarde ça à la rentrée » ne constitue pas une date. Une décision qui survit porte un jour du calendrier. La substitution d’une saison à une date est le moment exact où la décision quitte le champ de ce qui peut être constaté, puisque plus rien ne permet de dire si l’on est en avance, à l’heure ou en retard.

3. On mesure une intention au lieu d’une trace

Trois mois après, la question « où en êtes-vous ? » appelle une réponse déclarative, toujours favorable. La question qui vaut est « montrez-moi ». C’est aussi ce que le régulateur attend : la Commission européenne indique qu’aucun certificat n’est exigé en matière de maîtrise de l’IA, et qu’un registre interne des formations et initiatives constitue une preuve adaptée[12]. Une trace, pas une déclaration.

4. La direction pilote sur une représentation fausse de son terrain

Les dirigeants sous-estiment l’appétence de leurs équipes : 70 % des collaborateurs se disent prêts à collaborer avec des agents IA, alors que seuls 39 % des dirigeants pensent que leurs employés seraient à l’aise[8]. Côté outils, l’angle mort est symétrique : parmi les salariés français qui utilisent l’IA au travail, 42 % y accèdent surtout via un compte personnel et 21 % autant par un compte personnel que professionnel, quand 29 % seulement passent surtout par un compte fourni par l’employeur[13]. Et 35 % des cadres dirigeants français ont conscience que des salariés utilisent leurs comptes personnels[14]. Une décision calibrée sur une organisation qui n’existe pas produit des mesures sans objet. C’est le mécanisme que je décris dans Shadow AI : reprendre la main sur les usages cachés.

5. Une échéance externe recule, et la décision meurt avec elle

C’est le signal le plus récent. Le règlement (UE) 2026/1744, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 24 juillet 2026 et en vigueur depuis le 27 juillet 2026, reporte le volet haut risque de l’AI Act : les systèmes de l’annexe III passent du 2 août 2026 au 2 décembre 2027, et ceux de l’annexe I au 2 août 2028[15]. Seize mois de respiration sur le recrutement automatisé, le scoring ou la surveillance assistée par IA. Beaucoup de décisions prises « avant août » vont mourir de ce report, alors même que le même texte durcit les interdits et ajoute deux nouvelles pratiques prohibées applicables au 2 décembre 2026[15].

Or deux échéances n’ont pas bougé. L’article 50 sur la transparence devient applicable le 2 août 2026, et il est, lui, visé par l’article 99, paragraphe 4, avec un plafond de 15 000 000 EUR ou 3 % du chiffre d’affaires mondial, le plus bas des deux s’appliquant à une PME[16]. Le sursis de quatre mois accordé au marquage des contenus concerne les systèmes déjà mis sur le marché, donc les éditeurs, et il ne bénéficie pas à l’entreprise qui publie un contenu ou installe un agent conversationnel sur son site[15]. Par ailleurs, la directive (UE) 2024/2853 sur la responsabilité du fait des produits défectueux, qui intègre explicitement les logiciels et systèmes d’IA dans la définition du produit, doit être transposée pour le 9 décembre 2026[17]. Le détail du calendrier applicable est repris dans AI Act : calendrier 2026-2028 et preuves à préparer.

Ce qui recule

Le volet haut risque

L’annexe III passe au 2 décembre 2027, l’annexe I au 2 août 2028. Seize mois de report.

Concerne surtout les fournisseurs

Ce qui ne bouge pas

Trois échéances

Article 50 au 2 août 2026, deux nouvelles pratiques interdites au 2 décembre 2026, transposition de la directive responsabilité au 9 décembre 2026.

Concerne l’entreprise utilisatrice

Le report du volet haut risque ne déplace aucune des échéances qui visent l’entreprise utilisatrice.

Le point de contrôle à trois mois : trois preuves, une heure

Un comité qui a tranché doit reprendre le sujet une fois, trois mois plus tard, et ne demander que trois choses. Trois preuves matérielles, produites avant la séance, et rien d’autre.

La preuve d’usage. Existe-t-il des comptes professionnels ouverts, utilisés, et combien ? La réponse se lit dans une console d’administration, en quelques minutes, sans tour de table. Le point de comparaison est connu : le compte personnel domine encore le compte professionnel dans les usages professionnels français[13].

La preuve de diffusion. La règle décidée en séance a-t-elle atteint les postes ? Une note publiée, une consigne d’usage écrite, une réunion d’équipe où elle a été présentée. Sur ce terrain, 21 % des salariés français déclarent avoir déjà reçu une formation professionnelle à l’IA, et l’usage va de pair avec elle : 68 % des salariés formés utilisent l’IA au moins une fois par semaine, contre 26 % des non formés — un écart que l’étude invite à lire avec prudence, les profils les plus enclins à se former étant aussi les plus enclins à utiliser l’IA[18]. Ils demandent d’ailleurs du concret, puisque 62 % souhaitent des formations centrées sur des cas d’usage métier[18]. L’acculturation est le levier documenté, et j’en détaille les formats dans Formation IA : former à juger, pas seulement produire.

La preuve de décision. Une trace écrite indiquant ce qui a été arbitré, par qui, à quelle date. C’est ce que le Bureau IA décrit comme registre interne[12], et c’est aussi ce qui permet, six mois plus tard, de savoir si l’on doit poursuivre ou refermer.

Ce qu’on demande en séance de revue, et ce qui en tient lieu sans en être une preuve.

Preuve attendueQuestion qui la produitRéponse qui ne compte pasCe qu’on décide si la preuve manque
Preuve d’usage « Combien de comptes professionnels sont ouverts et utilisés ? » Une estimation donnée de mémoire en tour de table, quand la console d’administration répond en quelques minutes. Nommer la personne qui ouvre et suit les accès, et fixer la date du prochain constat.
Preuve de diffusion « Qui a publié la consigne, à quelle date, et sur quel support ? » Un accord de principe obtenu en séance, sans note publiée ni consigne d’usage écrite. Écrire la consigne, la publier, la présenter en réunion d’équipe avant la séance suivante.
Preuve de décision « Qui a arbitré quoi, et à quelle date ? » Un tour de table où chacun confirme oralement que le sujet « avance bien ». Ouvrir le registre interne, ou refermer le sujet par écrit plutôt que le laisser courir.

Le dispositif minimal : un nom, une date, un lieu de constat

Ce genre de séance produit une feuille de route, et le contenu de cette feuille de route n’est pas en cause. Ce qui manque, c’est un mécanisme de survie propre à cette feuille de route. Trois éléments, eux, en ont un.

  1. 01

    Un nom

    Une personne physique désignée en séance, dont la charge est explicitement reconnue et qui dispose du temps correspondant. Le frein le mieux documenté est le temps : parmi les TPE-PME ayant suivi une formation au numérique, 55 % déclarent avoir eu des difficultés à trouver le temps nécessaire, premier obstacle cité devant le financement[19]. Nommer quelqu’un sans arbitrer sa charge revient à ne nommer personne.

  2. 02

    Une date

    Un jour précis, inscrit à l’ordre du jour d’un comité existant, où le sujet revient obligatoirement. Aucune instance nouvelle à créer : un point ajouté à l’ordre du jour d’une réunion qui se tient déjà.

  3. 03

    Un lieu de constat

    L’endroit matériel où les trois preuves sont déposées : un dossier partagé, un tableau, un document unique. Sans lieu, la preuve n’existe que dans la mémoire de celui qui l’a produite, et cette mémoire ne résiste pas à un trimestre.

Ce dispositif tient en trois lignes et ne coûte que de l’attention. À titre de repère d’échelle, l’État calibre un Diagnostic Data IA à huit jours-hommes pour une PME ou une ETI, et son Accélérateur IA se déroule sur dix-huit mois[20]. Une revue de décision n’est ni l’un ni l’autre : elle est courte et répétée. Elle remplit une fonction que ni le diagnostic ni l’accélérateur ne prennent en charge, celle de décider de continuer ou d’arrêter.

Ce point compte pour les projets ambitieux. Gartner prévoit que plus de 40 % des projets d’IA agentique seront abandonnés d’ici fin 2027, en raison de coûts croissants, d’une valeur métier mal définie ou de contrôles de risque insuffisants[21]. Il s’agit d’une prévision d’analyste, pas d’un constat : Gartner ne publie pas la base sur laquelle elle est établie. Elle reste utile comme grille de lecture : les trois causes annoncées sont trois choses qu’un point de contrôle trimestriel détecte tôt, quand l’arrêt coûte encore peu. La question du cadrage économique est traitée dans ROI de l’IA : pourquoi le budget ne fait pas la rentabilité.

Rien de tout cela ne se déduit de la séance elle-même : une intervention en comité de direction produit un arbitrage collectif et un cadre partagé, elle ne produit pas le portage. Le nom, la date et le lieu de constat s’écrivent avant de sortir de la salle, faute de quoi la meilleure séance rejoint la file des sujets réputés traités.

Quand six mois ont déjà passé

Le réflexe naturel est de reprendre la même décision et de la réaffirmer plus fort. C’est le meilleur moyen de la tuer une deuxième fois, avec en prime l’usure du collectif, qui aura compris que la parole du comité n’engage rien.

Mieux vaut réduire. Reprendre un seul des sujets tranchés, celui dont la preuve est la plus facile à produire, lui attribuer un nom et une date, et laisser les autres explicitement en attente — écrit, daté, assumé. Une décision suspendue par écrit vaut mieux que quatre décisions en état d’évaporation, parce qu’elle laisse le comité disponible pour ce qu’il porte réellement.

Il faut aussi accepter un constat désagréable. Si rien n’a bougé en six mois, le sujet est rarement en cause ; le mécanisme l’est. La clarté stratégique est associée à davantage que l’outillage : une stratégie claire va de pair avec un impact business mesurable supérieur de 25 points de pourcentage, contre 5 points pour de meilleurs outils seuls[22]. Cette clarté ne se décrète pas en séance. Elle se vérifie trois mois plus tard, dans un lieu, par une personne, à une date.

C’est le seul écart réel entre une entreprise qui a décidé et une entreprise qui a discuté.

Ce sujet concerne votre organisation ?

Une séance de comité de direction, un cadre partagé, et le dispositif de suivi posé avant de sortir de la salle : un nom, une date, un lieu de constat.

Questions fréquentes

Comment savoir, trois mois après, si une décision sur l’IA est en train de mourir ?
Posez la question à quelqu’un qui n’était pas dans la salle : « qui s’occupe du sujet ? » Une réponse qui nomme une fonction au lieu d’une personne signale que le portage a disparu. Le deuxième test porte sur l’échéance : une saison (« à la rentrée ») a remplacé une date. Le troisième porte sur la nature de la réponse obtenue en comité, une déclaration d’avancement là où une preuve matérielle était attendue.
Faut-il créer un comité IA pour que la décision tienne ?
Le modèle publié par le Cigref donne en exemple six fonctions : juridique, données, conformité, cybersécurité, informatique, opérations. Il est calibré pour de grandes organisations. Dans une PME, une instance supplémentaire est précisément ce qui ne se réunit jamais deux fois. Mieux vaut un point obligatoire à l’ordre du jour d’un comité existant. Le volet gouvernance proprement dit — inventaire des usages, règle écrite, référent — est traité dans l’article consacré à la gouvernance de l’IA en PME. La structure minimale, sans comité supplémentaire, est décrite dans la gouvernance de l’IA en PME.
Le report du volet haut risque laisse-t-il du temps à une entreprise utilisatrice ?
Sur le haut risque, oui : l’annexe III passe au 2 décembre 2027 et l’annexe I au 2 août 2028. Mais l’article 50 sur la transparence reste applicable au 2 août 2026, et il est adossé à une sanction. Le report de quatre mois du marquage vise les systèmes déjà mis sur le marché, donc les éditeurs. Une entreprise utilisatrice ne gagne pas ce délai.
Que faut-il pouvoir montrer si une autorité interroge l’entreprise sur la maîtrise de l’IA ?
Aucun certificat n’est exigé selon la FAQ officielle du Bureau IA. La preuve attendue est un registre interne : qui a été sensibilisé, à quoi, quand, et quelles consignes d’usage ont été diffusées. L’article 4 réécrit en juillet 2026 est une obligation de moyens, et il ne figure pas dans la liste des articles sanctionnés par l’article 99, paragraphe 4. En revanche, la supervision par les autorités nationales de marché démarre le 2 août 2026. Ce que l’article 4 exige exactement est détaillé dans AI Act et obligation de formation.
Une intervention en comité de direction suffit-elle à enclencher la mise en œuvre ?
Elle produit un arbitrage et un cadre partagé. Elle ne produit ni livrable, ni audit, ni formation au sens du code du travail, et les pages de la conférence BYOAI et de la conférence AI Act pour dirigeants le précisent. Ce qui détermine la suite se joue après la séance : un nom, une date de constat, un lieu où déposer les preuves. Sans ces trois éléments, la meilleure séance s’évapore. Ce qui sépare une séance décisive d’une séance décorative est traité dans séance IA en comité de direction ; le format est présenté sur les conférences pour dirigeants.
Que faire quand six mois ont passé et que rien n’a bougé ?
Évitez de réaffirmer la même décision plus fort : c’est le meilleur moyen de la tuer une deuxième fois, avec en prime l’usure du collectif, qui aura compris que la parole du comité n’engage rien. Réduisez le périmètre à un seul sujet, celui dont la preuve est la plus facile à produire, donnez-lui un porteur nommé et une date, et suspendez les autres par écrit. Une décision explicitement mise en attente libère le comité, quand quatre décisions en évaporation l’occupent sans rien produire.

Sources et références

  1. Blog du Modérateur — « IA en entreprise en 2026 : 8 % des employeurs l’interdisent encore » — enquête BDM x SocIAty, terrain du 24 avril au 29 mai 2026, 807 professionnels du digital — blogdumoderateur.com/ia-entreprise-2026. Part des répondants dont l’entreprise déconseille les outils d’IA générative, part de ceux dont l’entreprise en a intégré l’usage aux process ou l’a rendu obligatoire.
  2. Ipsos bva pour Google — « IA en entreprise : état des lieux et leviers d’accélération », volet dirigeants « Business Use of AI » (Public First pour Google) — publication du 24 mars 2026, terrain du 5 au 17 décembre 2025, 283 cadres dirigeants français sur 2 348 en Europe — ipsos.com — rapport complet (PDF). Perception de la productivité et de l’avantage compétitif.
  3. Bpifrance Le Lab — « L’IA dans les PME et ETI françaises : une révolution tranquille » — publication du 4 juin 2025, terrain octobre-décembre 2024, 1 209 dirigeants de PME et ETI de plus de 10 salariés — lelab.bpifrance.fr (PDF). Écart entre enjeu perçu, stratégie définie et usage réel ; 387 dirigeants adoptants sur 1 209 répondants.
  4. Bpifrance Le Lab — 82e baromètre semestriel de conjoncture des TPE-PME — publication du 13 janvier 2026, terrain du 5 novembre au 2 décembre 2025, 4 722 réponses — presse.bpifrance.fr. Usage déclaré de l’IA générative dans les TPE-PME et part d’usage régulier.
  5. Bpifrance — bilan du déploiement des dispositifs de soutien à l’appropriation de l’IA — communiqué du 10 février 2026 — presse.bpifrance.fr. Entreprises sensibilisées via IA Booster France 2030, diagnostics Data IA et missions de conseil réalisés sur 2023-2025.
  6. Cour des comptes — « La stratégie nationale pour l’intelligence artificielle : consolider les succès de la politique publique de l’IA, élargir son champ » — rapport public thématique du 19 novembre 2025 — ccomptes.fr. Réduction de l’enveloppe 2023-2025 et taux de consommation des crédits au 30 juin 2025.
  7. Microsoft — 2026 Work Trend Index Annual Report, « Agents, human agency, and the opportunity for every organization » — 5 mai 2026, 20 000 travailleurs du savoir utilisateurs d’IA générative, 10 marchés dont la France — microsoft.com/worklab. Part des utilisateurs professionnels qui jugent leur direction constamment alignée.
  8. The Adecco Group — « Global study finds widening gap between AI ambition and workforce readiness » (rapport « The Human Premium : Leadership beyond the algorithm ») — 21 mai 2026, 2 000 dirigeants du C-suite dans 13 pays — adeccogroup.com. Maîtrise perçue du comité de direction, confiance dans le développement des compétences, calendrier des agents IA, disposition des collaborateurs à collaborer avec des agents IA.
  9. EY — « CEO Outlook 2026 : les dirigeants français, plus exigeants que prudents sur l’IA » — volet France : 50 CEO, terrain janvier 2026 ; volet international : 1 200 CEO, terrain novembre-décembre 2025 — ey.com. Gouvernance de l’IA au niveau du conseil et priorité d’investissement 2026.
  10. Cigref — « Guide de mise en œuvre de l’AI Act — Partie 2 : Gouvernance » — mai 2025 — cigref.fr (PDF). Cinq prérequis à une gouvernance de l’IA et composition donnée en exemple du comité de gouvernance de l’IA.
  11. Ipsos bva pour Google — « IA en entreprise », p. 54 — volet « Workforce Survey on AI Adoption », terrain du 6 au 17 novembre 2025, 2 041 actifs français — ipsos.com — rapport complet (PDF). Existence perçue d’une politique interne encadrant l’usage de l’IA.
  12. Commission européenne, Bureau IA — FAQ officielle « AI literacy — questions and answers » — mise à jour du 27 juillet 2026 — digital-strategy.ec.europa.eu. Absence de certificat exigé, relevé interne des formations comme preuve, démarrage de la supervision par les autorités nationales de marché.
  13. Ipsos bva pour Google — « IA en entreprise », p. 53 — volet « Workforce Survey on AI Adoption », terrain du 6 au 17 novembre 2025, 2 041 actifs français — ipsos.com — rapport complet (PDF). Répartition des accès entre compte personnel et compte fourni par l’employeur, parmi les actifs qui utilisent l’IA au travail.
  14. Ipsos bva pour Google — « IA en entreprise », p. 55 — volet « Business Use of AI » (Public First pour Google), terrain du 5 au 17 décembre 2025, 283 cadres dirigeants français — ipsos.com — rapport complet (PDF). Conscience de l’usage de comptes personnels par les salariés.
  15. Règlement (UE) 2026/1744 du 8 juillet 2026 (omnibus numérique sur l’IA) — JOUE du 24 juillet 2026, en vigueur le 27 juillet 2026 — eur-lex.europa.eu — reg/2026/1744. Report du volet haut risque, deux nouvelles pratiques interdites, sursis de marquage pour les systèmes déjà sur le marché, réécriture de l’article 4.
  16. Règlement (UE) 2024/1689 du 13 juin 2024 (AI Act) — JOUE du 12 juillet 2024 ; articles 4, 50, 99 (paragraphes 1, 3, 4 et 6) et 113 — eur-lex.europa.eu — reg/2024/1689. Champ des sanctions et plafonds applicables.
  17. Directive (UE) 2024/2853 du 23 octobre 2024 relative à la responsabilité du fait des produits défectueux — JOUE du 18 novembre 2024, transposition et application au 9 décembre 2026 — eur-lex.europa.eu — dir/2024/2853. Intégration des logiciels et systèmes d’IA dans la définition du produit et date de transposition.
  18. Ipsos bva pour Google — « IA en entreprise », p. 50, 57 et 62 — volet « Workforce Survey on AI Adoption », terrain du 6 au 17 novembre 2025, 2 041 actifs français — ipsos.com — rapport complet (PDF). Salariés formés, fréquence d’usage des salariés formés et non formés, demande de formations centrées sur des cas d’usage métier.
  19. Direction générale des Entreprises — Baromètre France Num 2025, résultats de l’enquête — publication du 29 septembre 2025, 11 021 entreprises répondantes ; difficulté de temps mesurée sur les 1 706 répondants ayant suivi une formation au numérique — francenum.gouv.fr (PDF). Manque de temps comme premier obstacle à la formation.
  20. DGE — communiqué « Renforcement du plan national Osez l’IA » — 17 juin 2026 — entreprises.gouv.fr. Calibrage du Diagnostic Data IA et durée de l’Accélérateur IA.
  21. Gartner — « Gartner Predicts Over 40% of Agentic AI Projects Will Be Canceled by End of 2027 » — communiqué du 25 juin 2025 — gartner.com. Prévision sur les projets d’IA agentique à horizon 2027 et causes d’abandon annoncées.
  22. BCG — « AI at Work : Why Strategy Matters More Than Tools » — 3 juin 2026, 11 749 salariés dans 14 marchés — bcg.com. Effet comparé d’une stratégie claire et de meilleurs outils sur l’impact mesurable.

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